31/08/2003

(f)estival impression...

Me taire…

Facilité dont je n'ai point l'habitude…

Taire le monde, je veux dire, taire les rencontres, taire le parcours de mes pas dans ce monde…

Les pensées se sont posées depuis hier…

Les sensations, les sentiments, les perceptions ne se sont pas éteintes…

Le point de départ? Une annonce, quelques mots écrits par Outsider sur son blog ( http://outsider.skynetblogs.be ), un cri de joie et d'inquiétude, une invitation, un premier concert, le renvoi à une adresse web, dont le barbarisme langagier s'est ancré en nos vies: http://www.taxi-brousse.net … Sept consonnes sans voyelle entrecoupées de signes et de traits, une union de mots à résonance africaine, un "dot"-net à mes yeux encore flou, en quelques mots, une légion de signes me renvoyant à un concept.

Sous mes yeux, le nom d'un collectif, Taxi-brousse. Je ne connais. J'aime bien ne pas connaître… Cela me laisse le temps de tout imaginer, de chercher à comprendre…

Un événement: un festival. J'ai le choix. J'ai toujours le choix. Prendre la route ou rester… Attendre de lire ce que j'aurais pu voir et entendre, rester anonyme spectateur derrière mon écran… programme facile mais dont le statisme me conduirait vite à l'ennui. Mon impulsivité fut d'une brève cogitation. Il me suffit simplement de prendre la route pour trois-quarts d'heure à travers villes et campagnes. Conduire.

Une route s'est 'imprévu'. L'enchaînement de virages, le croisement d'automobiles sans visage, de visages sans déplacement. Une route c'est un cheminement. Cheminement de pensées anodines et variées. Une route c'est l'esquisse de l'imaginaire, on pense, à peine parti, à ce qui va nous arriver, ce qui nous attend (où est-ce, ce que nous en attendons?) et, quelle joie d'être surpris au détour de ses pensées.

Un festival pour destination.

Un festival, par définition, reste un lieu où des gens se rassemblent, oserai-je le "se ressemblent", dans leurs diversités. Un festival se compose d'un public, d'une scène, d'hommes et de femmes en genre divers, passionnés dont le bonheur est de partager l'espace d'un instant (long ou bref) le plaisir d'écouter ensemble. Un festival a, pour raison d'être, l'échange de perceptions, de mots, de sons, d'idées. C'est un brassage de genres, d'attitudes, c'est une porte aux découvertes. Un festival, c'est un lieu, plus ou moins grand, un endroit, un écrin où va s'éclore un événement. Un festival reste ouvert cependant, il est ce qu'on y met, ce qu'on y apporte.

Quatorze heures, mon arrivée fut précise, ponctuelle, ponctuée de surprises.

Je ne connais personne mais cela ne m'effraye pas. Il n'y a d'ailleurs pas grand monde, juste une poignée, préparant encore les futures activités. L'heure indiquée (quatorze heures, donc, pour les distraits) était artistique. Si j'avais possédé le guide marabout flash "A l'heure avec les Artistes", je serais arrivé deux heures plus tard mais je n'aurais pu autant surprendre par ma présence, ni aider (même si peu) à la préparation des festivités.

Taxi-brousse, est un collectif de musiciens, qui se rassemble régulièrement sous l'influence de certains thèmes propices à la création musicale. C'est un collectif de musiciens qui par ces rencontres a provoqué le mélange, la complicité et la création de quelques groupes. Hier, ils se rassemblaient pour la première fois tous ensembles, pour jouer, se retrouver, et découvrir ce que les uns ont commis avec les autres… la découverte d'un continent inexploré, de terres nouvelles, de frontières à pénétrer…

La foule se fait plus nombreuse dans son intimité plaisante, charmante. Je ne me demande pas ce que je fais là, je suis présent et content de participer par mon écoute et les quelques mots que j'échange.

"Outsider" (le groupe et l'individu, donc, rassemblée en une seule et même entité) se prépare, ils vont ouvrir le 'bal'…

La foule prend place. Outsider se lance et…

Ici, je devrais glisser une critique, un article dithyrambique… Je ne pourrais dire que les mots me manquent… Je sais que vous êtes avides de critiques et/ou de polémiques, je devine l'impatience en vos regards et je me complais à vous entraîner de lignes en lignes, en vous laissant sur votre faim. Je ne résisterai pas longtemps, cependant, à vous écrire que ce premier concert fut à la hauteur de leurs auteurs… Il y a, à travers la musique d'Outsider (le groupe), un fleuve qui sommeille, il y a une force qui anime tranquille, il y a des idées, des sons, des accents particuliers. Si je puis me permettre une image, leur musique est une pierre, mais pas un modeste caillou, on en devine la forme et la finalité, on pressent ce qui en émane, il reste encore un peu de travail, pour ôter quelques aspérités et polir l'ensemble et obtenir le précieux, sortir de la pureté du minéral brut et entrer dans l'identité intrinsèque. Je reste étonné et confiant… "Apollo" est pour moi, et pour le public, il me semble, la plus aboutie du répertoire, mais je me réjouis d'entendre l'évolution, d'entendre les quelques coups de limes qu'ils vont encore apporter. Je n'ai pas à leur souhaiter bon courage, je sais qu'ils n'en manquent et que la passion qui les anime leur apportera tout ce qui leur sera nécessaire. Je leur souhaite une bonne et longue route, je serai, pour ma part, présent, comme un jalon, de leur évolution promettante.

Je ne me lancerai pas dans une carrière de critique musical, pour le reste de la journée et de la soirée, je dirai, avec des mots simples que la richesse des émotions et des découvertes m'a offert un grand plaisir.

Il y a de nombreux souvenirs qui me resteront. Je vous les confie en vrac. La gigue que Laurent ( http://laurent.skynetblogs.be ) interpréta, dois-je le préciser, brillamment, a rassemblé un public enjoué et bon enfant caractéristique de ces moments de fêtes et de joie partagée. D'un naturel réservé, je restai très surpris, quand, quelqu'un apprenant l'origine de ma présence (pour rappel, une invitation impersonnelle, vague et hypothétique via internet) me déclara qu'il pensait que j'étais celui qui connaissait le plus de monde en ces lieux. Enfin, comment pourrais-je cacher les larmes de joie que m'offrirent la collection de Marabout-Flash de notre hôte: "Mes vacances en Allemagne", "Ma discothèque de variétés" (antécédente à Patricia Carli, qui n'y est évoquée que comme étoile montante et à suivre), "Maigrir sans larmes"(n°46), "Faire son chemin dans la vie"(n°36)… Si certains titres restent approximatifs, je me souviens particulièrement du fameux "Le mariage réussi" (n°34) dont la couverture se retrouve, ainsi que les photos du concert, sur http://root.skynetblogs.be , et son précieux conseil dont je vous invite à méditer:

"Comment réussir ses fiançailles? En trouvant le bon partenaire."

L'anachronisme et le ton des propos distillé dans ces ouvrages émérites égaya et égayera, j'en suis sûr, de nombreuses conversations… A (re)découvrir…

Pour finir, je tiens à remercier, toutes les personnes présentes qui m'ont offert ce merveilleux moment, j'espère que mes mots éveilleront en eux le souvenir de cet instant et que mon compte rendu (long mais sommaire…) aura éveillé, pour d'autres, le désir de s'éclipser de l'écran, de temps en temps, et de retrouver une réalité qui ne se révèle pas toujours aussi déplaisante que ce qu'elle nous présente si souvent...

 

Sous influence musicale d'un festival, j'ai occupé mes oreilles et tenté de retrouver les sons que la nuit a, quelque peu, estompée par une compilation éminemment préparé par ::Armatt: "Sigur Ros & Mogwai, Mum, Tied and Tickled Trio, Lali Puma, Momus Keidler… "




17:24 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

24/08/2003

je vous écris

"Très chère,

Je vous écris.

Je vous écris quelques mots d'ici que vous ne lirez, pourtant, là-bas.

Je vous écris pour confier ma peine et ma joie.

Je vous écris parce que vous ne me connaissez pas.

Je vous écris, inspiré par votre présence fugace au gré de mes pensées. Comme un soupir, vous avez traversé, en un vent léger, un infime instant, de mon espoir, le désert.

La vie m'apparût plus calme, plus douce et moins amère.

Je vous écris ces quelques mots qui resteront cependant, pour l'éternité, je pense, en jachère.

Je vous écris, je ne puis rien de plus. Je ne puis parler, vous me restez inconnue.

De votre vie j'ignore tout. De votre vie, je ne veux rien, d'ailleurs, obtenir de plus que ce silence poli et précieux que vous m'avez confié, que l'absence que vous m'avez témoignée, que les songes qui s'en sont éveillés…

De votre vie, je ne sais rien.

Et pourtant, je vous écris…

Ce qui m'a plu?

Votre présence. Rien de plus.

Votre visage enfoui derrière ce sourire qui, s'il ne m'était offert, ne fut point perdu au travers mes paupières. Je l'ai gardé, je n'en attendais pas plus, je l'ai gardé en ma mémoire. Il flirte avec mes songes, subsistant d'une insignifiante gorgée d'espoir…

Ce qui m'a plu?

La grâce de vos mouvements, votre démarche, posée et fragile, votre déhanchement léger et subtil, ces petites choses indépendantes et inscrites en vous, ces petites choses intégrées que les gens ne voient plus, ces petits détails négligemment plaisants. La façon dont votre peau reflète la lumière ou est-ce, peut être, la façon dont la lumière sculpte votre être, la façon dont vos lèvres se plissent quant attentives vous écoutez, vous souriez. La façon dont vos yeux ont parcouru l'espace se posant et virevoltant sans but et sans peine, me laissant en m'effleurant, l'empreinte de votre existence. Des choses simples, vous voyez. Des choses que vous emmenez avec vous, des choses qui, de vous à moi, émanent le calme et le naturel: la beauté de cette fin d'été.

Je vous écris mais, ne vous méprenez pas, je n'attends rien de vous. Je ne puis rien de plus que ces quelques mots. Avec eux s'envolent mes pensées que je ne puis garder pour moi. En moi, elles se flétrissent, se fanent, s'assèchent, s'étiolent et, portée par le souffle de quelques tourments, s'éparpillent indistinctement…

Je vous décris une émotion, une sensation, j'y glisse un seul espoir, celui de ne pas troubler le fil de ces doux songes que vous fîtes émerger dans la houle de mes songes.

Peut-être vous écrirai-je encore quelques mots, quand d'un détour, je croiserai, avec bonheur, l'onde vivifiante de votre visage…

Je vous souhaite beaucoup de bonheur,

Soyez heureuse, ce sourire vous va si bien…"

 

jibi

 

 

Sous influence musicale

4hero, "Creating Pattern", talkin Loud

(perdu entre Goldfrapp et Moloko par instant)



17:44 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

20/08/2003

les pièces du puzzle…

Difficile d'expliquer le cheminement d'une idée, d'une pensée…

A la lecture des textes que je propose, il émane une sensation de mal-être.

Une sensation d'une réalité amputée de joie, de bonheur, de douceur…

Mes jours sont gris et terne, mais je souris. Je parle peu, mais cela dépend avec qui…

Je peux paraître triste et austère…

Je vis et respire, je ressens et m'inspire, c'est déjà énormément.

Mes mots interprètent mes jours, ils émergent d'une traversée quotidienne et régulière.

Quand je franchis la ligne de la réalité, j'entends et vois. Ces images et ces sons attirent, séduisent mon esprit, ils s'accaparent ma mémoire et font surgir l'amertume du désespoir.

Dans le flot d'une vague se brisant, l'écume s'éclate en particule, embruns salins parfumant mes desseins.

Les textes se lient et se nouent entre eux, ils effleurent mes pensées journalières disloquant la hiérarchie du temps, bouleversant le rythme, endiguant confusion et aversion en mon esprit dissolu.

Quand les mots se posent, je devine et soupçonne les sentiers qu'ils vont emprunter. Je les laisse batifoler, espérant qu'ils repoussent les limites, toujours un peu plus en avant.

L'hermétisme de mes mots prête à interprétations farfelues et variées, imagées et empruntes de réalité, tout s'éclairera pourtant, au fur et à mesure que les jalons se poseront, que les questions feront surface alors, peut-être, les réponses briseront les glaces…

Je ne me prétends pas victime, au contraire, je suis imputable de bien des griefs.

L'écriture me conduit à accepter, à souffrir, à vivre et à me libérer…

Mon passé simple est un réservoir de pensées sombres et claires…

Les commentaires sont l'étoffe sur laquelle repose le fil de mes réflexions, ils aiguillent mes propos et ourdissent mes pensées…

 

 

Sous influence musicale particulière et intimement absconse

Black Dice, "Beaches & Canyons", Fat-Cat Records


22:57 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

17/08/2003

l'attente

L'attente constante.

L'attente latente.

Je n'attends rien et pourtant je reste songeur.

Je suis déçu et pourtant impatient.

Impatient de surprises, de troubles et d'émotions.

Ambivalence des pensées qui traversent mon ciel de nuit. J'ai parcouru, ces derniers jours, un morceau de chemin ténu, j'ai éclipsé mes lectures distrayantes, j'ai plongé au tréfonds de mes angoisses.

Je n'ai pas peur. C'est étrange, je ne me sens pas plus fort qu'un autre, je n'ai pas plus d'intelligence, plus d'expérience pour affronter les épreuves, mais je n'ai pas peur. Je suis et reste impatient d'en découdre. Ce qui m'angoisse n'est pas l'épreuve, mais son absence.

J'ai mis le pied sur une mine.

Je n'ai pu que soupçonner sa présence. Je l'ai perçue bien avant, je crois que je l'avais même aperçue. Serait-il possible qu'inconsciemment je m'y sois volontairement dirigé? Je n'ai arrêté mon pas que quand il fut bien établi, posé sur la petite rotondité métallique pas plus dérangeante qu'un gravier. La seule évidence est, qu'à traverser un champ de mines, l'aboutissement ne reste que peu de temps hypothétique.

J'ai entendu le son caractéristique du levier de déclenchement.

Plus un doute.

Un axiome.

Rien n'est fini encore. Je n'ai aujourd'hui que la certitude de ce qui s'est passé et l'incertitude de ce qui va se passer. Mon pied fait corps avec la détente sur laquelle je reste planté.

J'ai entendu le cliquetis significatif du mécanisme de détonation.

Tant que je ne bouge, il ne se passera rien. Tant que je reste en place, il ne se produira rien. Le temps s'est arrêté.

J'ai suspendu mon pas.

J'attends.

Equilibre.

Suspension.

Le temps s'est figé. Erigé au statut statuaire, inflexiblement, mes yeux se sont clos, à travers mes paupières, une vie défile à grande vitesse.

Je n'ai plus à attendre et pourtant je me refuse à ôter mon pas et à poursuivre, pour pas plus d'une fraction de seconde, la course de ma vie. Je reste. Je n'ai pas à poser un pas plus loin. Je sais ce qui se produira quand d'un geste lent ou rapide, je lèverai la jambe. Je sais.

Autant rester là, je n'ai rien à perdre. J'ai tout mon temps, à présent. Je peux penser et m'imaginer. Me repasser mes errements et composer un avenir plus enclin à m'offrir ce que j'attends. Ce que j'attends? Je suis plein d'ironie.

Quand il ne reste plus qu'un champ de ruines, l'éventail de possibilités se démultiplie.

Quand on touche le fond, on peut, dit-on rebondir. Sceptique et cynique, je m'éclate à l'idée de rebondir en cet instant et m'éparpille en diverses pensées…

Je pense à tout et à rien.

Ai-je le droit d'attendre?

Les questions fusent. Indistinctes il y a quelques moments, elles se précisent et se précipitent. Tant de questions intimes, pour si peu de réponses d'estimes.

Je n'en attendais pas tant.

 

Sous influence musicale

Sybarite, "Nonument", 4AD



14:41 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

12/08/2003

aujourd'hui

Aujourd'hui, il ne s'est rien passé.

Pas plus qu'hier, et je n'attends rien non plus pour demain.

Cela peut paraître triste, décevant, navrant, cela reste cependant d'une probabilité sans faille.

S'il m'arrive, d'ailleurs, quelque chose, c'est toujours une surprise, bonne ou mauvaise, j'en juge selon la spontanéité qui m'en émane.

J'ai parcouru quelques blogs, voyageant çà et là, à la recherche d'émotions, de textes, d'odes.

J'ai parcouru quelques blogs.

Je n'ai laissé nulle trace de ma présence, juste le silence.

J'ai été interpellé, certes, mais les mots m'ont laissé choir.

J'ai renoncé à l'idée d'apporter commentaire aujourd'hui. Je n'avais vraisemblablement pas l'once de quelque chose à écrire. Je n'étais pas toujours satisfait des propos, mais bon, je n'allais pas en ce jour me révéler instigateur de débat à débauches d'idées dont je n'avais nulle envie de m'extirper en de longues et solennelles diatribes.

J'ai poursuivi ma lecture, de page en page, rebondissant d'un post à l'autre, sans but littéraire, ni itinéraire bien établi. Ce fut une sorte de lèche vitrine, une errance qui se soldât (-50% sur la baïonnette, je n'ai pu résister et j'en suis désolé) par l'hésitation puis la résignation.

Je me suis néanmoins posé des questions (à force on finit par relâcher l'attention), quand j'ai relu une nouvelle fois le commentaire de Juju (http://au-jour-le-jour.skynetblogs.be ), sur le thème de "qui voudriez-vous être ?" (je résume un brin ses propos, en vous invitant à parcourir ses réflexions, peut-être même serait-il bon de les lire avant de poursuivre, mais je vous laisse seul juge).

J'ai parcouru, donc, une liste de personnalités célèbres.

Je reste cependant plus partisan de l'idée que "moi-même" reste une réponse que je n'utiliserais que peu (je pense n'étonner personne), en restant parfaitement conscient que, si je ne répondais "moi-même", peu d'entre vous aurait l'envie de prendre ma place. Ce sort, cependant, je n'accepterais que difficilement l'idée qu'il en incombe à un autre, de crainte qu'il ne le réduise à en réaliser quelque chose, j'en assumerais donc, définitivement, la fonction à plein temps. Mais, revenons aux choix proposés, voulez-vous?

Les personnalités établies en une liste que je jugeai non exhaustive, ne me parurent cependant que le pâle reflet de ce que notre société a engendré. J'eus dans la tête divers noms, et un en particulier, qui me trottèrent, mais avant de m'y pencher, je me suis interrogé sur la teneur de ces propos.

Moi, jibi, sain de corps et d'esprit (sans doute et peut-être, dans l'ordre de mes propos), me verrais-je endosser la carrure de ces grands dont les noms fleurissent en nos dictionnaires? Je me suis senti petit, et peu enclin à m'enrôler en de telles destinées. J'éprouve une certaine certitude que j'aurais, à tout gâcher, à échouer là où ces grands devraient réussir. Et c'est là que mon esprit vif et habile (je m'en sers une couche, je désespère d'ors et déjà à l'idée de vos commentaires), rejoignit mon idée préliminaire à la pensée de cette liste non exclusive. Me situant à la limite de la bouffonnerie si je devais incarner l'idolâtre et n'effleurant que la certitude du fiasco dont je serais clé de voûte si j'en venais à devoir remplacer le génial, mon esprit vagabonda et m'incita donc à porter candidature à l'hypothétique expérience induite par Juju.

N'en déplaise à mes futurs détracteurs, je pense que s'il existe un rôle, un seul, dans lequel j'accepte de m'investir, car j'ai l'intime conviction qu'il me siéra d'exceller en un cuisant échec, et qu'avec le tact, la finesse et l'infinie incapacité dont je puis faire preuve sans aucune volonté, je reste le seul à pouvoir échouer, briser, sans jamais m'en approcher, "l'œuvre" que son auteur put espérer, il s'agit d'Adolf Hitler (symboliquement, je choisis ce rôle qui, implicitement en englobe beaucoup d'autres, il va s'en dire qu'il y a pléthore d'individus dont "l'accomplissement" me déplaît).

Je sais pertinemment que je n'en ferai rien de bien, je sais assurément que je n'en ferai rien de pire. Son œuvre, par mes soins et mon inaptitude, réduite en cendre (autodafé de nos mémoires), ma réussite sera marquée par la disparition d'un nom, d'une personnalité, d'un vocabulaire et surtout d'un chapitre sombre, triste et déplorable qui entache à chaque moment notre histoire… qui s'en plainderait?

Qui se plainderait d'une réussite anonyme?

Quel plaisir que de s'imaginer qu'à la fin de sa vie, Adolf H., 76 ans, artiste peintre inconnu dont l'œuvre reste ignorée de ses contemporains, puisse répondre à la question "Qui auriez-vous voulu être?": moi-même.

Que certains puissent, aujourd'hui, assumer avec conviction leur vie "ultra-ordinaire" en répondant "moi-même" à cette question, nous sauve, peut-être (mais pas assez sans doute), de bien des rôles peu enviables ou souhaitables qualifiés d'extraordinaires…

Il ne se passera rien demain.

Mais qui sait…

Une surprise me guette peut-être au coin d'un commentaire…

 

 

Sous influence musicale

Dictaphone, "m.= addiction",

Parallélisme littéraire,

Eric Emmanuel Schmitt, "La part de l'autre"



23:25 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

08/08/2003

Ecouter et deviner

Ecouter le bruit d'une ville qui s'endort.

Ecouter le bruit de ces gens qui rentrent chez eux.

Ecouter des voix, des bruits familiers, distincts et précis, qui secrètement posent jalons à mon existence.

Des voitures roulent et s'engouffrent dans ma vie.

Le transit s'achève à la tombée du jour, chacun retrouve sa place quand pointe la nuit. Chacun rentre chez soi et retrouve son univers, sa bouffée d'air (au demeurant très recherché cet été si j'en juge par tout les blogs que je parcours).

Ecouter les bruits qui rythment la vie.

Quand elle a refermé sa portière, les bras encombrées de quelques sacs de supermarché dont le froissement particulier retint un infime moment mon attention égarée, je l'ai entendue traverser la rue, laisser tomber ses clés et jurer. Elle a appelé son ami qui est venu l'aider. Je ne les ai pas regardés. Je savais que c'était elle qui venait jouer dans la musique de ma vie son solo du vendredi. Redondance de ces petites choses, de ces petits bouts de ficelles, prévisibles, qui lient et tissent la vie.

Je devine des cris d'enfants courant se réfugier dans les bras de parents.

Je devine des pas feutrés qui surprennent.

Je devine les odeurs de mets délicieux qui accueillent.

Je devine les projets du week-end.

Je devine le repos.

Je devine les mots.

Je devine.

Autour de moi, la ville se couche. Les voitures se font plus distantes, moins pénétrantes. Des téléviseurs s'allument. Bientôt il n'y aura plus que le ronronnement d'une ville qui s'essouffle. Les fenêtres entrebâillées vont laisser échapper la respiration paisible des maisonnées. Le rythme court de films qui font rêver, le bruit de musiques aseptisées dont les shows vont gaver les soirées, je subodore les gorgées de publicités et d'invitations incessantes à se dépêtrer dans le simulacre d'une commode consommation d'intellection consomptive. J'imagine les trajets de "navetteurs" de fins de journées mimant inconscient, du fauteuil au frigo, leur vie d'errances quotidiennes.

Je devine des esprits qui s'apaisent, des bras qui se serrent, des mains qui se frôlent. Des regards qui se croisent, des mots qui se taisent. Des étreintes simples, des émotions partagées, je devine (cela aussi, heureusement).

Rien ne m'est interdit dans ce jeu que certains jugeront, je l'espère et je n'en doute, ridicule.

Je devine les pensées confortables, les pensées agréables, les pensées qui, ne mangent pas de pain, qui ne blessent ni ne progressent. Je devine ces pensées diluviennes, dans leur variété infinie, qui bercent et transforment l'inconscience en indolence.

Je devine le regard que l'on nous fait poser sur le monde. A travers la lucarne, on s'érige (on nous érige) en maître, en juge à l'omnipotence tronquée de toute substance, vidée de toute puissance.

J'ai traversé la ville ce soir. J'ai regardé, amusé, les animations estivales qui ne me dérangent pas plus qu'elles ne me plaisent ou m'intéressent. J'ai longé les quais et mis en perspective mes envies de partir. Tout me semble distant de cet hypothétique départ. Je m'y accroche pourtant.

Comme un rêve d'enfant.

J'ai marché au milieu d'une foule invisible et effacée composée des seuls échos de ce que fut la journée. J'ai pisté les traces qu'ont abandonnés les flots du jour et que la marée, s'étant retirée, a laissés échouer sur les rives de la nuit. J'ai marché dans l'ombre des pas perdus en ces journées d'été…

Demain, je m'éveillerai dans le silence de la nuit, je commencerai à travailler et lentement, sans que j'en soupçonne l'effervescence, la vie aura repris, je devine?

 

Sous influence musicale hautement recommandable

do make say think, "do make say think", Constellation


23:07 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

05/08/2003

Ecrire

Ecrire

Ecrire, je sais ce que cela coûte…

Rester seul.

Se retrouver là, seul.

Je paie les mots écrits d'antan.

Une chance, selon certains, que de pouvoir, aujourd'hui, me lire. Une chance que ces mots ne meurent au fond de tiroirs que je n'ouvre que pour un peu moins y voir clair. Une chance? Peut-être…

Ecrire.

Ecrire, c'est ce que je fais, c'est ce que je peux, ce que je m'autorise.

Ecrire, c'est ce qu'il me reste. C'est ce qui me fit perdre, mais qui m'accompagne à chaque instant de la vie. Comme un jeu, encore quelques mots, les derniers, pour se refaire… Noir, Impair et manque.

J'aime les mots, bien que souvent ils ne me révèlent que l'ombre qui sommeille.

Je suis amer, empli d'une grande déception.

Définir me semble vainement avancée incertaine.

Déçu.

Pas triste, pas malheureux, juste déçu.

Déçu de la vie, des hommes, du monde en général, de moi en particulier. Je ne voudrais juger personne.

Jour après jour cependant, s'accumulent les petites choses dont la subtilité m'échappe autant que l'infime précision, avec laquelle elles me désabusent, me laisse pantois.

Je suis déçu. Et peut-être, devrais-je en écrire plus?

Je suis déçu de ce que disent les Hommes, ils parlent sans cesse, promettent sans arrêt, émettent de nombreuses théories au goût douteux, empoisonnent mon existence d'espoirs faux et chimériques.

Je suis déçu du monde triste et sans âme.

Déçu par la vie que l'on nous propose, que l'on nous choisit et, finalement, que l'on s'impose.

Je suis déçu.

Déçu d'être là et las, sans rien faire, sans rien dire. Déçu de ne rien changer.

Déçu de croire et d'espérer, je sais pourtant, en mon intime conviction, qu'il n'y a rien à attendre.

La naïveté perdue, il ne reste que la sensation d'être,à la vie, une trahison, un ersatz, seul, perdu au milieu de l'infini…

Imperturbablement et indubitablement déçu.

Simplement déçu.

Déçu.

 

Sous influence musicale

Tarwater, "Animals, Suns & Atoms", kitty-yo  [pias]



23:38 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |