08/08/2003

Ecouter et deviner

Ecouter le bruit d'une ville qui s'endort.

Ecouter le bruit de ces gens qui rentrent chez eux.

Ecouter des voix, des bruits familiers, distincts et précis, qui secrètement posent jalons à mon existence.

Des voitures roulent et s'engouffrent dans ma vie.

Le transit s'achève à la tombée du jour, chacun retrouve sa place quand pointe la nuit. Chacun rentre chez soi et retrouve son univers, sa bouffée d'air (au demeurant très recherché cet été si j'en juge par tout les blogs que je parcours).

Ecouter les bruits qui rythment la vie.

Quand elle a refermé sa portière, les bras encombrées de quelques sacs de supermarché dont le froissement particulier retint un infime moment mon attention égarée, je l'ai entendue traverser la rue, laisser tomber ses clés et jurer. Elle a appelé son ami qui est venu l'aider. Je ne les ai pas regardés. Je savais que c'était elle qui venait jouer dans la musique de ma vie son solo du vendredi. Redondance de ces petites choses, de ces petits bouts de ficelles, prévisibles, qui lient et tissent la vie.

Je devine des cris d'enfants courant se réfugier dans les bras de parents.

Je devine des pas feutrés qui surprennent.

Je devine les odeurs de mets délicieux qui accueillent.

Je devine les projets du week-end.

Je devine le repos.

Je devine les mots.

Je devine.

Autour de moi, la ville se couche. Les voitures se font plus distantes, moins pénétrantes. Des téléviseurs s'allument. Bientôt il n'y aura plus que le ronronnement d'une ville qui s'essouffle. Les fenêtres entrebâillées vont laisser échapper la respiration paisible des maisonnées. Le rythme court de films qui font rêver, le bruit de musiques aseptisées dont les shows vont gaver les soirées, je subodore les gorgées de publicités et d'invitations incessantes à se dépêtrer dans le simulacre d'une commode consommation d'intellection consomptive. J'imagine les trajets de "navetteurs" de fins de journées mimant inconscient, du fauteuil au frigo, leur vie d'errances quotidiennes.

Je devine des esprits qui s'apaisent, des bras qui se serrent, des mains qui se frôlent. Des regards qui se croisent, des mots qui se taisent. Des étreintes simples, des émotions partagées, je devine (cela aussi, heureusement).

Rien ne m'est interdit dans ce jeu que certains jugeront, je l'espère et je n'en doute, ridicule.

Je devine les pensées confortables, les pensées agréables, les pensées qui, ne mangent pas de pain, qui ne blessent ni ne progressent. Je devine ces pensées diluviennes, dans leur variété infinie, qui bercent et transforment l'inconscience en indolence.

Je devine le regard que l'on nous fait poser sur le monde. A travers la lucarne, on s'érige (on nous érige) en maître, en juge à l'omnipotence tronquée de toute substance, vidée de toute puissance.

J'ai traversé la ville ce soir. J'ai regardé, amusé, les animations estivales qui ne me dérangent pas plus qu'elles ne me plaisent ou m'intéressent. J'ai longé les quais et mis en perspective mes envies de partir. Tout me semble distant de cet hypothétique départ. Je m'y accroche pourtant.

Comme un rêve d'enfant.

J'ai marché au milieu d'une foule invisible et effacée composée des seuls échos de ce que fut la journée. J'ai pisté les traces qu'ont abandonnés les flots du jour et que la marée, s'étant retirée, a laissés échouer sur les rives de la nuit. J'ai marché dans l'ombre des pas perdus en ces journées d'été…

Demain, je m'éveillerai dans le silence de la nuit, je commencerai à travailler et lentement, sans que j'en soupçonne l'effervescence, la vie aura repris, je devine?

 

Sous influence musicale hautement recommandable

do make say think, "do make say think", Constellation


23:07 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Au risque de choquer .... J'ai marcher, auprès de toi ..... j'ai vu les mêmes choses ..... ma main s'est tendue .... sur le vide

Écrit par : Mel | 09/08/2003

Oui pourquoi ce titre ??? Je ne sais plus JiBi .... je ne sais plus!!

Écrit par : Mel_Bloodflowers | 11/08/2003

j'aime ta description tout en légèreté j'aime le silence de la nuit
et tu décris si bien ce qu'on peut ressentir

Écrit par : francine | 12/08/2003

déçu? Pour être déçu
il faut beaucoup espérer

il y a longtemps que je n'attends rien de l'humain
il est ce qu'il est
parfois je suis toute de même surprise
et alors ce n'est pas la déception mais la révolte
alors j'essaie d'oublier le monde
car je sais que je suis incapable de le changer

Écrit par : francine | 12/08/2003

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