31/07/2003

Une vie éclatant(e)

Etranger dans la vie, je frôle des ombres, un passé infini, un présent incertain, un futur sans acquis.

Quand m'enveloppe la nuit, mes yeux se ferment et, s'ouvrent à moi les esquisses de songes qui me sont interdites.

Le fil me semble si fragile.

La vie me reste inaccessible.

En pensées, je puis rêver, mais le jour me ramènent en toute autre réalité. Désirs funestes et défunts plaisirs, je m'ouvre et couvre de mots vos écrans. Abreuvant de mes affres la douceur que je voudrais, en vous, sentir régner, et pourtant, je n'y laisse que mes soupirs, je n'y glisse mes mots qu'en un murmure ronronnant et plaisant…

Volonté malhabile…

En fragments de verre éclatés sur le plancher, je tente de recomposer une existence éparpillée.

Je me sens un peu las.

Ce n'est pas tant le verre brisé, ni les particules disséminées sur le sol qui m'ont surpris, mais le bruit, toujours aussi unique et inique dans son "irreproductibilité", d'une vie éclatant(e).

J'en suis encore surpris à présent.

Je me souviens, je suis resté posé en une douce fixité, cataplexie d'une catharsis, quand la fiole vitale m'a échappée. En une singulière précision, j'ai assisté à l'inflexible chute. Le temps s'est suspendu, plus un bruit, tous sens aux aguets, en attente de la perception du son sourd et lourd, d'abord, du verre qui heurte le sol, et qui, ensuite, se brise en myriades d'éclats minuscules résonnants, s'offrant, au ralenti de mon regard, en divers monticules fragmentaires…

Cela m'a fait songer aux écrits d'un temps jadis.

Se souvenir d'un moment, juste un, et le préserver dans l'écrin de ses pensées, ne point le laisser tomber dans l'oubli au risque de le briser…

Se souvenir…

C'est ce qui reste.

Espérer…

C'est ce qui blesse…

Copeaux de strass en ma mémoire. Faux-semblants à l'éclat terne, embrumés et embués par le temps et les larmes, je me sens étranger, hors de moi, hors du temps, hors-la-loi l'espace d'un instant…

Je me sens ailleurs et cela m'étourdit…

Sous influence musicale

Portishead, "Dummy", Go! Beat       ,)




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27/07/2003

Effractions de pensées intimes…

Quand je rejoins le monde des hommes et que je déambule, funambule, il m’arrive de croiser l’un ou l’autre visage… 

J’ai toujours le même réflexe, la même habitude, celle de déduire et d’induire ce que l’on m’offre au regard.  Je cherche le détail, l’interstice entre l’évidence et le particulier.  Je rassemble, je dissèque, et je compose l’histoire, l’aventure, le pourquoi et le comment de cette présence qui s’offre à moi.  Cela augure, pour moi, l’évaluation de mon état, à travers mes affables fabulations faciles (mais pas toujours), je me soumet à une particulière introspection.  Mes affabulations trahissent mon être.  Je me surprend en quête d’interdit, de romanesque, de simplicité, de tristesse, parfois de joie, souvent, pour l’instant, d’isolement.

A travers ces gens, je parcours les couloirs d’une singulière bibliothèque, je compulse les livres, écrits dans leurs gestes ou leurs regards, qui s’ouvrent à moi, certains dans un langages imaginaires, certains dans ces langues inconnues au parfum d’épice. 

Parfois évidente souvent troublante, toujours, nous offrons l’histoire, nous offrons la porte au royaume des mots, des contes et des mystères… 

Il y a quelques jours, j’ai renoué avec une ancienne promenade que pour des raisons sentimentales je m’épargnais.  Ce chemin, à travers les bois que très peu connaissent tant l’abondance de la luxuriante flore dissimule l’accès, m’apparaît toujours, en enclave préservée, dans ce monde réel.  Tout y est sauvage, brut, la nature y a, petit à petit, repris ses droits.  J’aime cela.  Je m’y sens à ma place, fragile et périssable, devant la force qui émane de l’endroit.  Je ne rencontre jamais personne en ces lieux.  Sur le sol, les empreintes ne sont jamais celles des hommes, et les herbes, les plantes qui semblent pliées, ne le furent que par la présence et l’errance du gibier.  Je connais très bien ces bois, je les ai foulé durant des années, j’y ai lu, j’y ai écris, j’y ai parlé et disserté doucement, j’y ai partagé seul, mes espoirs, mes souhaits, mes remords ou mes regrets, j’y ai laissé le jour me baigner de sa lumière, j’y ai laissé l’aube m’y envelopper et me couvrir de ces pensées qui seules peuvent naître quand le jour s’éteint et que la nuit estompe les frontières… 

En dehors de la présence du chien qui m’accompagne, je m’y suis toujours rendu seul.  Or, il y a quelques jours, j’ai croisé un homme à proximité de ces lieux, je l’avais déjà croisé il y a cinq ou six mois, soit la dernière fois que je m’y étais rendu.  C’était au même endroit.  Il est évident que lorsque l’on rencontre quelqu’un, à visage humain, il est de bon ton et de courtoisie de s’arrêter et d’échanger quelques mots.  Je trouvais déjà cela cocasse et curieux qu’a, un intervalle aussi long, dans un timing aussi dissolu que le mien, je rencontre le même homme, au même endroit et qui plus est qu’il me pose la même question. Il m’interrogea sur cet endroit dont je vous parlais plus haut.  Il recherchait le petit recoin perdu au milieu des bois.  Je lui avais déjà indiqué la route la première fois, mais il ne l’avait toujours pas trouvé…

Mon esprit se mit à vagabonder, il me raconta qu’il avait parcouru ce chemin il y a une quarantaine d’années et qu’il aimerait tant le retrouver…

Je me suis imaginé les souvenirs de cet homme, ce qu’il avait pu vivre durant quarante ans, tout les bons et beaux moments, et aujourd’hui, il cherchait, simplement, à retrouver ce petit sentier qui glisse au gré du temps et qu’il avait parcouru il y a quarante ans…

Je me suis imaginé, j’ai tenté de cerner ce qui avait pu ainsi, fixer avec insistance, en sa mémoire, l’image, la sensation, le plaisir, la tristesse, peut-être, de se souvenir récurant… 

J’ai composé maintes alternatives, je suis sur et certain que je suis très loin de sa vérité, je suis sur et certain de l’émotion et des pensées qui vont l’assaillir quand il posera le pas sur ces chemins que la nature et le temps ont, petit à petit, repris.   

 

 

Sous influence musicale et Proustienne     

Cinemix, « Cinemix », Universal Music Jazz France

Merci à Mel_bloodflowers pour l’évocation qu’a suscité ce titre, en espérant qu’elle nous laisse encore de nombreux commentaires ;)


12:48 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

22/07/2003

escapade musicale


Escapade

 

« Quand mon disquaire me tendit la chose, esquivant un sourire, je compris que le piège venait de se refermer sur moi. 

Je ne sais pourquoi j’ai lancé cette idée stupide, et cupide, fus-je, en pensant que je me sortirais d’un si mauvais pas. 

Je m’explique. 

N’ayant point encore reçu de nouvelles de Nico, j’ai interrogé mes disquaires afin de savoir ce qu’étaient, pour eux, des chansons « tristes » et « en français » (pour mieux comprendre).  Il m’ont affirmé que je n’apprécierais guère, (devais-je en douter ?) mais, unanimement, ils pointèrent Le disque qui selon eux occasionne autant de bénéfice (très plantureux, toujours selon ces mêmes sources) qu’il est insupportable à écouter… 

Evidement, si je le nomme et que, par malheur (ou bonheur, c’est selon), ce disque se trouve être sur votre table de chevet où quelconque endroit qu’il vous plaira (il n’y a de toute façon, que peu de chance, qu’un jour, je vienne vérifier), je risque (mais est-ce un risque ?) de vous froisser et de vous perdre où, du moins de perdre l’attention sérieuse que vous pouvez, de temps à autres, porter à mon blog. 

Cependant, ne rien dire ne serait que peu honnête et très éloigné de la déontologie à laquelle je prétend me tenir.  Je ne tairai donc nullement mon « influence » musicale. Mais pour ne point altérer votre lecture en salissant l’objectivité dont vous avez toujours fait preuve, il vous faudra attendre la fin de ce billet (que je souhaite très court tant l’emprise séductrice tend à me taper sur le système), pour le découvrir.

Emballé, donc, (pas moi, mais le disque), soigneusement, sous un cellophane que j’affectionne tant (cfr Blog-notes) , je pris le disque sous le bras, dissimulant mon inquiétude à l’idée d’être surpris en pareille compagnie, je hâtai le pas pour me réfugier chez moi. 

Evidement, l’horreur atteint son paroxysme quand, d’un air léger, détendu et décontracté, j’entrepris de diffuser dans mon calme intérieur, le fruit de cet imbécile pari. 

Diantre, les premières notes furent assez lourdes à digérer, et l’arrière goût citronné au soupçon de rance traînant dans la sirupeuse mélodie, laissa un certain rictus sur mon faciès. 

J’étais en train d’écouter une chanson « triste » et les larmes aux yeux ne trahissaient que la consternation que j’éprouvais en constatant l’envie ineffable de m’écrouler abattu d’une crise de rire démente dont j’éprouvais difficulté à me dépêtrer. 

Vainement, je tentai, par un enchaînement d’actions habilement et stratégiquement posées, de me rattraper à tout ce qui traînait… 

Mes oreilles, tout d’abord, s’enhardirent de quérir les affres poétiques de cette jeune fille à la voix cristalline : le résultat m’a consterné, j’ai chu sur une chaise, paralysé, tétanisé par cette être ayant perdu un à un tout ses sens, l’ouïe, la vue, et à son instar et à son écoute, je fus brisé, laminé, écrasé, en un mot : « cassé »…

Tandis que la jeune fille, poursuivait son tour de chant, mes doigts tâtonnèrent à la recherche d’une hypothétique télécommande, inexistante chez moi,  et ne parvinrent, finalement, qu’à extirper un livret dont je me hâtai de lire le contenu afin d’occuper mon esprit et de l’écarter de l’attention (ou était-ce la tension ?) titanique tétanique qui semblait l’hypnotiser.  Tandis qu’elle faisait « sa dernière overdose » (dixit -la demoiselle aux chansons tristes-), « inévitablement », je me retrouvai fort surpris et dépourvu en constatant que les textes de toutes ses chansons étaient imprimés, cela devait être du à leur complexité ou à l’architecture grammaticale habile nécessitant que l’on appuie son écoute sur des structures imprimées et ce, pour ne pas en altérer le sens (comme si les trémolos, et les violons déchirant, nous permettaient de douter un instant du statut dramatique).  A moins que cela ne fut pour une application interactive visant à aider quelques professeurs étrangers à proposer de délicieux et savoureux plans langues à de jeunes élèves qui, j’en suis sur, ne pourront que tomber sous le charme indéniable de cette jeune artiste. 

Tandis qu’elle m’énumérait la liste de « ce qu’il nous faudrait pour une vie plus belle, des souhaits, des souhaits, à rêver doucement »,  mes yeux effeuillèrent, à la recherche de cette « femme caché » (là je n’ai pas résisté à placer ce titre là), les photos qui, souvent peuvent offrir une passerelle, une échappatoire spirituelle, pour un ailleurs que l’on n’espère plus serein.  Là, je mets le doigt sur l’incritiquable.  Je ne tiens pas à parler de sa beauté certaine, mais ce qui, me semble t’il, est très intéressant, c’est le rapprochement que je puis faire avec son merveilleux « Rayer l’émotion inutile » et d’émotions inutiles, il en est légion à travers la suggestivité, le manque totale de naturelle ou de la recherche des poses. Evidement, c’est loin d’être pire que ce que l’on peut voir sur les affiches qui décorent et aménagent intelligemment, intelligiblement et du meilleur goût les espaces de nos abribus et cela, pour que l’on se sente si proche du rêve sur papier glacé que l’on nous sert en dessert à chaque instant, à chaque endroit où l’on pose négligemment (innocemment ?) notre regard… J’aurais travaillé différemment mais aurais-je travailler sur tel projet si on me l’avait demandé ? (cela rejoint la morale de la nécessité de la rémunération : travaille t’on pour l’argent ou pour l’accomplissement ?).  Nouvelle évidence, si l’on parcourt les remerciements (et ô, comme cela est souvent intéressant), on peut trouver, entre le chien et le cheval dont elle caresse le souvenir, la présence de ceux qui orchestrent ce genre de disque événementiel et là, à n’en point douter, nous sommes entrés de plein pied dans le merveilleux univers des fabricants d’émotions…

Enfin, dans un dernier sursaut, j’ai laissé l’instinct guider et articuler mon corps, et, en fidèle marionnette, je me suis tourner vers l’amplificateur qui, dans sa position off line m’offrit l’intense satisfaction du silence que je n’interrompis que pour ranger prestement l’objet de ce musical délit. »

C’est une singulière expérience, riche et inédite, ce concerto improvisé sur clavier, s’il ne m’aura profondément bouleversé, aura le mérite de m’avoir distrait.  Cependant, je ne vois pas vraiment ce que je pourrais en écrire ou ce que cela m’aura inspiré.  Je suis désolé que cela soit un échec en ce sens, une prochaine fois, peut-être, mais pas tout de suite, mon esprit sera plus perméable… 

Pour l’instant j’aimerais juste me replonger dans autre chose si vous le permettez en souhaitant, que sur vos lèvres, je puisse trouver l’esquisse d’un sourire, que par mes mots j’aurais réussi à croquer.  J’espère que cette digression n’affectera pas nos relations…

 

 

Sous « influence » musicale

Nolwenn Leroy, (je ne trouve pas le titre), Mercury, Universal, et TF1 réunis (pour le meilleur et pour l’empire).


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18/07/2003

les mots épurés

Aujourd’hui, j’ai épuré mes mots…

Je n’en ai prononcé de trop…

Juste le nécessaire, l’indispensable. 

Inconsciemment, j’ai opéré le choix de ne pas parler. 

J’ai laissé aux autres le soin de s’épandre, je me sentais si loin, et pourtant si proche, cela est si étrange.  Je pouvais percevoir à une infime distance, la vérité d’un instant, le sens. 

Je n’avais plus aucun doute, j’avais envie de partager cela, mais autour de moi, il n’y avait personne.  Juste des âmes éteintes, occupées à s’affairer des choses des hommes. 

Comme il m’est d’habitude, en ces jours, je n’ai dérangé, ni bouleversé personne.  J’ai refermé comme un papillon mes pensées et je les ai rangées précautionneusement au fond de mon tiroir.  Je les gardes pour un jour les partager.  Je les garde mais n’en fait nul secret.

 

Le silence et l’ennui.

Dans une salle immense, un vieux piano désaccordé raisonne. 

Ses notes, monotones, carillonnent. 

Dans une grande salle, se groupe un peuple d’Hommes.

Des Hommes aux oreilles sourdes aux sons qui les entourent.  

Où sont ceux qui les entourent ? 

Les Hommes pestent, boudent et bougonnent.

Les Hommes, en nombres, s’isolent.

Les Hommes, en ombres, s’absolvent.

Seuls, les Hommes, s’abandonnent. 

Dans une salle immense, un vieux piano désaccordé raisonne. 

Sur les touches, les doigts d’un enfant qui rayonne…

 

Je n’éprouve aucune fierté à m’être tu, je constate simplement la relativité de la nécessité.

 

 

Sous influence musicale

a silver mt. zion, « He has left us alone, but shafts of light sometimes grace the corner of our rooms… », Constellation


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16/07/2003

Parfum de jazz…

Environnement incertain, en rupture…

Les notes se font farouches et dansent en mon crâne. 

Assis, les yeux rivés et noyés dans les reflets d’un verre de vin, le rythme perturbe et brinqueballe mon esprit de part et d’autre, je m’éparpille…

Quel plaisir que de sentir, l’esprit en ébullition, la profusion d’idées vaines et belles, percevoir les infimes balbutiements de raisonnement, esquisser l’incertitude de nos premiers mots posés et se frustrer de savoir que nombres d’élaborations imaginées vont se noyer dans le tourment de nos pensées… 

Le cerveau et la mémoire sont cruels, implacables, et si naturels.  Ils sont nos jours de pluies et de beaux temps.  Ils sont nos tempêtes, nos orages, nos averses, ils sont ces rayons chauds de lumière qui filtrent à travers les arbres, ils sont la douceur d’un souffle de vent léger caressant nos peaux sous un soleil cuisant d’été,  le doux et l’impétueux, le clair et l’obscur…

Ils sont l’imprévisible nous révélant l’étendue infinie de l’inconnu…

Ils sont l’imprévisible et nous dépassent, immaîtrisables, ils se jouent de nous, et nous encouragent à brimer l’oubli, à braver l’ennui, à tisser, aux rythmes lent qui est le notre, le patchwork de nos pensées, le tissu de nos vagabondages méditatifs…

Sentir…

Le parfum de jazz fait son effet, mes jambes remuent et pulsent, elles perturbent mon immobilité relative, l’esprit aux frontières des rêves et de l’imaginaire,  j’erre à travers les tréfonds de mon âme en quête de joies et de peines en bouquets variés que je pourrai déposer en gage de songes perdus, espérés et attendus…

 

 

Sous influence musicale

Duke Ellington, Charlie Mingus, Max Roach, “Money Jungle”, Blue Note.

Accompagné d’un verre de “Chateau de la Coulerette”, Côte de Provence 2OO2.

 


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13/07/2003

35mm

Je me rappelle.

Ma mémoire, comme une caméra tournant en 35mm, m'offre le substitut d'un montage expérimental. Le son haché et les bouts d'essai collés, montés à la hâte, scandent d'un rythme soutenu l'éllipse de ma vie.

Les images de mon passé ternies par l'affluence des souvenirs qui sommeillent en moi, se projettent dans le fond de ma rétine.

Le regard un peu triste, je me souviens des mots prononcés, de ces yeux que j'ai aimés et que j'ai vus, si souvent, pleurer. Le carrousel aux images tourne en mon crâne. Je ressens mes premières douleurs, je pressens mes premiers instants de bonheur. Je sens l'abondance remonter du fond de mon passé, les eaux troubles et stagnantes qui croupissaient au fond de ma mémoire assoupie refont surface et déversent des torrents d'images et de sons qui se chevauchent, s'attirent, se repoussent, et s'emmêlent dans la douce douleur d'un soir. Se recomposent en mon œil vide les moments de ma vie. Les détails et les écueils s'immiscent et s'invitent. Dans la pénombre, les images dansent autour de moi, de temps à autres, une lumière diffuse, accentue les contours de visages à jamais perdus, les regards enfouis, les sourires précis. Un halo de lumière enveloppe et protège ces souvenirs qui me sont chers…

Je ne fais rien. Je suis assis. Et pour le monde autour de moi, il ne s'est rien passé.

Pourtant, les présences de toute ma vie ont tonitrué dans mon calme apparent. J'ai approché l'exactitude équidistante de mon passé, de mes envies, de mes rêves perdus, et de l'avenir inconnu.

Je semble triste, je suis juste incertain, emprunt d'un certain réalisme. D'une objectivité, je bâtis sur les ruines…

 

 

Sous influence musicale

Frankie Sparo, "Welcome Crummy Mystics", Constellation



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12/07/2003

Invitation

Il ne se passe rien.

J'inspire.

Je retiens mon souffle.

J'expire.

J'hésite.

Il ne se passe toujours rien.

Qu'écrire?

Je prends en vrac les idées qui passent…

Les mots s'abattent sur la table, et s'écrasent en de lourdes connotations.

Les mots éclatent en fragments épars dans le tumulte de mes pensées.

Parler du bonheur? Parler de mon incertitude? Parler de la vie, des projets? Parler de moi?

Tout cela ne me semble que si peu intéressant…

Si vide ou si creux.

Je crains que cela ne suscite l'intérêt…

Parler de l'amour, des beaux jours? Parler de la folie, de la rage? Parler de la peur, de l'espoir, du regret?

Il y a tant de sujets…

J'erre à travers les mots et je m'épuise. Je m'escrime à vouloir parler de tout sans vraiment parvenir à sonder l'essence.

C'est le problème du choix.

Le choix de prendre une direction et de s'y tenir.

Le choix de poser des actes clairs et précis.

Le choix de condenser en une geste cynique l'épique platitude de ma vie.

Décontenancé par le désir inassouvi d'écrire, je pose ce petit brin d'amertume sous votre regard attentif…

Je vous le confie doucement comme un chocolat intense qu'une attention délicate a disposé sur votre oreiller, invitation pour une douce et belle nuit.

Je suis seul face à cet écran.

Il ne se passe rien,

Je m'interroge:

Comment pourrait-il en être autrement?

 

Sous influence musicale

Toru Takemitsu, "Requiem for strings" 1957 , "November Steps" 1967



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09/07/2003

Je

Je.

"Je", c'est moi.

"Je", c'est un peu tout ce qui me fait. "Je" c'est moi et pourtant, je ne suis pas "lui". "Je" n'est pas toujours là quand j'écris, mais le plus souvent, "Je" cache sa présence et espionne, "Je" glisse, espiègle, à travers mes textes, s'introduit dans mes écrits et, figure au cœur même de mes mots. "Je" masque ses craintes, ses doutes dans des pantomimes langagières séculaires au style éculé.

"Je" joue et plaisante. Facétieux, "Je" tisse des pièges dans lesquelles je tombe. "Je" raconte des histoires et, le soir, pour s'endormir "Je" prend toujours un livre. Parfois, "Je" est trop fatigué, "Je" ne regarde que les images, les lettres, alors je reste discret, je me tais et j'écoute ce que "Je" raconte: "Je" compare, "Je" compose et invente lui-même, la trame de ses aventures futures. Mais, "Je" ne parle pas toujours, parfois, "Je" ferme la porte, s'enferme, se braque. Souvent, je pense que "Je" ne fait rien, mais, "Je" pense: "Je" lutte avec ses rêves d'enfants, "Je" cherche à comprendre où et quand ils se sont estompés. Je lui explique que tout n'est pas possible et pourtant "Je" persiste à croire. Je lui explique que le monde tourne et que de nombreuses choses ne sont que des caprices, mais, obstiné, "Je" démontre le contraire en m'inventant de plus beaux rêves. Je finis par y croire, parfois. "Je" rêve pour moi, "Je" me dicte et j'écoute, médusé par la beauté. "Je" vit avec moi, je vis sous ses doigts, et quand "Je" me lit, je voudrais que "Je" soit heureux.

"Je" danse avec moi, "Je" pense à celle qui manque. Je lui murmure de croire mais "Je" verse une larme, "Je" me sourit, et, doucement, "Je" me dit: "tu y crois, toi?"

Je rougis… et j'espère qu'elle lira, un jour, tout cela et qu'à son tour, elle lui sourira…

 

Sous influence musicale

Capitol K, "Island Row", XL recordings


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08/07/2003

Une pensée simple

Une simple pensée...

Quand le matin, je me lève, il me reste toujours un peu de rêves dans les paupières et tout au long de mes premiers pas, je tente de réanimer la substance de mes espérances.

J'ai déjà vu beaucoup de rêves mourir, et pourtant, chaque nuit ils renaissent, nombreux et insolites.

Ils sont simples, réalistes, fous, audacieux, incroyables, percutants, doux, étranges, merveilleux…

J'aime rêver et, le matin, il me plaît de tenter de les porter avec moi, de leur insuffler la vie et l'envie d'exister.

Ils sont la promesse de beaux et de prochains lendemains, de beaux et de doux réveils…

La nuit s'approche, doucement, je vais lui céder, sans résistance. Je vais m'offrir aux caprices, en toute confiance. Je vais fermer les yeux et demain, sur mes paupières, j'espère trouver l'instantané qui me fera songer toute la journée…

 

Sous influence musicale

Röyksopp, "Melody A.M.", Labels



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Prendre le temps

Etre là...

Pouvoir s'arrêter...

Prendre conscience du temps qui nous échappe.

Pouvoir, dans un coin que l'on aime, un bois, une plaine, suspendre son pas, fléchir le rythme...

Dans cette pause improvisée, s'asseoir et prendre le temps de regarder, d'écouter, de sentir, et apercevoir l'importance des petites choses simples et fragiles.

Prendre le temps de regarder un brin d'herbe qui vibre au gré de la brise légère. Parcourir à ce rythme nos plus intimes perceptions.

Le monde est si simple.

Tout éveille à l'introspection, tout est invitation à parcourir l'entièreté en une simple pensée...

Tout nous éveille à la vie, il suffit, simplement de prendre un tout petit peu de temps...

 

 

Sous influence musicale, je quitte un peu l'electro et rentre dans le songe que m'offre la musique du film "in the Mood for Love", un film de Wong Kar-wai,


14:35 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

07/07/2003

L'absence

L'absence,

L'absence anime l'esprit.

L'absence est cruelle et nécessaire.

L'absence isole, éloigne, écarte. L'absence pousse l'écrit, la composition, l'imagination.

Par elle, un regard se pose, un regard triste et heureux, un nouveau regard.

L'absence, c'est la recherche. La recherche de ce qui manque, la recherche de ce que l'on ne connaît pas et que l'on ne peut qu'imaginer.

L'absence est présente. La présence est absente.

L'absence est amour et haine, la dissection de nos pensées funestes et vaines, la dissection de notre vanité créatrice.

L'absence est quête de l'absolu, tâtonnement heureux dans l'inconnu que l'on imagine merveilleux.

L'absence erre entre le rêve et la réalité, elle se teinte d'espoir sous un voile désabusé.

L'absence permet de tout croire, offre tout espoir et dans le mutisme sans abri, donne du souffle à la vie.

 

Sous influence musicale

Opiate, "Sometimes", moor music




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05/07/2003

Elle...

Où est-elle?

Se sent-elle, comme moi, perdue?

A t'elle idée de mon existence?

Suis-je, pour elle, autre qu'insignifiant?

Je cherche à la connaître et pourtant je n'ose l'approcher.

Je ne veux plus déranger personne. J'ai fait couler tant de larmes, j'ai éclipsé tant d'espoir…

Je veux rester tapi dans l'ombre, évoluant au rythme des mots que je pose. Absent du monde des hommes.

Je devine sa cour, je devine son regard et sa joie dans ces soirées où je ne peux pénétrer.

A t'elle en ce moment présent une infime pensée pour moi?

Elle reste le mystère et l'angoisse du faible espoir. Elle reste une gorgée de vie dans la nuit. Sait-elle que je lui écrit toutes les soirs et que je disperse mes songes au gré de vos regards interdits?

Sait-elle que pour moi ce fut plus que de simples regards échangés au cours de nos trop brèves rencontres?

Sait-elle que je suis là… simplement…

J'avais posé des mots au fond de mon crâne, méticuleusement, j'avais composé en bouquets les phrases que j'aurais voulu partager, odeur de beauté, parfum de douceur, candeur d'éternité. Mais, tour à tour, au fur et à mesure, les questions, toujours elles, ont fané, une à une, les fleurs que j'aurais voulu offrir aujourd'hui…

 

 

Sous influence musicale

Motorlab3 -barry adamson + pan sonic- "km4", Kitchen motors/ ómi





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04/07/2003

Envie de danser

Envie de danser...

Envie de rêver d'une danse, d'un instant, d'une espérance.

Des corps décharnés par le son d'un rythme puissant, des corps fébriles en pantomimes éclatées par la lumière vibrante et intense.

Dispercée, éparpillée, l'image se fige au fond de ma rétine. Les yeux scotchés sur la piste, hypnotisés par les tribulations tribales qu'exécute le phalanstère: les ouvriers nocturnes de l'ennui diurne, offrent le simulacre de multiples espoirs

J'ai posé mes pas à travers des lieux imprécis, j'ai croisé de yeux que je n'oublierai jamais, j'ai échangé le bonheur et la joie, j'ai croisé un visage et un être qui… Qui ?

Qui, aujourd'hui encore, trouble et pulse mon être…

Etrange de croiser, étrange de ne pouvoir continuer cette danse que dans le souvenir et, l'espoir de bientôt pouvoir, à nouveau, dans ces yeux se sentir vivre!

 

Sous influence très musicale

The Herbalizer, "Remedies", Ninja Tune





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02/07/2003

la boîte à outils

La boîte à outils…

Aujourd'hui, j'ai mis à disposition une partie de ma boîte à outils, mon petit matériel à réflexions.

Un peu comme dans une bibliothèque, une discothèque, un album photos, on prend les petites choses, on les examine et on les range, on les classe, en essayant de s'imprégner de tout le bonheur qu'elles ont suscité.

Ma boîte à outils, c'est le carnet qui m'accompagne tous les jours, j'y note, mes références, mes envies, mes brouillons…

Mon blog-notes, simplement.




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01/07/2003

piégé

Piégé

"… je ne pensais pas que cela me reprendrait si vite…"

 

"Je suis entré. La musique puissante saisissait mes tripes, je sentais le rythme des basses pétrir mon colon, j'allais encore passer une 'délicieuse' soirée.

Jef me tendit une bière: j'ai toujours été pour le brassage des cultures, des genres et des couleurs cependant, je m'interrogeais sur le métissage bière-rhum-orange et ce qui pourrait en survenir." […]   Jim Baihgy ("Carnet de route")

 

Ce matin, et ce soir d'ailleurs encore, je me posais la question de l'humeur.

J'ai été d'une relative bonne humeur, si l'on pense à tout ce que j'avais envie de dire et que j'ai tût. Je n'ai pas été hypocrite, loin de moi cette idée, cela ne m'arrive, je l'espère, que rarement, mais j'ai toujours autant de difficulté à parler de certains sujets.

Je ne suis pas timide (quoique) cependant, la grâce d'une fée peut éclipser en moi le moindre mot. Le plus doux songe se présentant à moi, pétrifie l'insignifiante pensée que mon humble cerveau peut effleurer.

Evidement, si le problème se limitait à son champ d'application propre (c'est-à-dire, durant l'unique présence de la muse), cela ne serait qu'un piètre problème, néanmoins, quand le voile s'insinue, il pénètre mon être et me glace d'une certaine constance.

Les sujets sensibles ne sont proférés qu'à demi-mots et mes pensées s'enroulent et s'éprennent en une intense activité.

Ainsi, d'un élément, au demeurant simple et concis, se succèdent une pléthore de petites gènes: l'impression que mon âme s'ouvre et révèle à travers mon regard la douceur et l'éprise de mes pensées, me conduit à errer seul dans le supermarché de mes problèmes: je cogite, je tourne et retourne à travers des rayons d'évidences, j'analyse et je compare. Je choisis, je rayonne et, quand je parviens à la caisse et que je paye, je me rend compte que tout ce qui compose mon caddie n'est que le superflu. Le nécessaire bon sens, quant à lui, trône toujours au milieu du fouillis de ma grande surface d'inepties.

 

[…] "Le monde tourne toujours, ce soir.

La bière, dans mon estomac, aussi." Jim Baihgy ("Carnet de route")

 

Sous influence musicale

Boom Bip "Seed to sun", Lex records





21:32 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

entre deux états...

Il est très ennuyeux de se retrouver entre deux états…

Depuis ce matin, j'hésite, suis-je heureux ou malheureux?

C'est curieux.

Cela me donne envie de rire, cette hésitation est tellement stupide qu'elle pourrait me rendre l'esprit guilleret, cependant, cela ne répond pas à ma question.

Evidement, si j'analyse les raisons, cela serait sans doute plus facile de décider de quelle façon prendre la vie aujourd'hui, de savoir de quel regard je vais disposer quand je vais déambuler aujourd'hui.

Je suis surpris d'être dans cet état, juste entre deux, je ne pensais pas que cela me reprendrait si vite… On sent la vie qui vous parcourt, on sent la tension, un sentiment de joie mêlée d'angoisse, on participe à toutes les émotions…

sous influence musicale

Tarwater  "dwellers on the threshold", kitty-yo



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