27/07/2003

Effractions de pensées intimes…

Quand je rejoins le monde des hommes et que je déambule, funambule, il m’arrive de croiser l’un ou l’autre visage… 

J’ai toujours le même réflexe, la même habitude, celle de déduire et d’induire ce que l’on m’offre au regard.  Je cherche le détail, l’interstice entre l’évidence et le particulier.  Je rassemble, je dissèque, et je compose l’histoire, l’aventure, le pourquoi et le comment de cette présence qui s’offre à moi.  Cela augure, pour moi, l’évaluation de mon état, à travers mes affables fabulations faciles (mais pas toujours), je me soumet à une particulière introspection.  Mes affabulations trahissent mon être.  Je me surprend en quête d’interdit, de romanesque, de simplicité, de tristesse, parfois de joie, souvent, pour l’instant, d’isolement.

A travers ces gens, je parcours les couloirs d’une singulière bibliothèque, je compulse les livres, écrits dans leurs gestes ou leurs regards, qui s’ouvrent à moi, certains dans un langages imaginaires, certains dans ces langues inconnues au parfum d’épice. 

Parfois évidente souvent troublante, toujours, nous offrons l’histoire, nous offrons la porte au royaume des mots, des contes et des mystères… 

Il y a quelques jours, j’ai renoué avec une ancienne promenade que pour des raisons sentimentales je m’épargnais.  Ce chemin, à travers les bois que très peu connaissent tant l’abondance de la luxuriante flore dissimule l’accès, m’apparaît toujours, en enclave préservée, dans ce monde réel.  Tout y est sauvage, brut, la nature y a, petit à petit, repris ses droits.  J’aime cela.  Je m’y sens à ma place, fragile et périssable, devant la force qui émane de l’endroit.  Je ne rencontre jamais personne en ces lieux.  Sur le sol, les empreintes ne sont jamais celles des hommes, et les herbes, les plantes qui semblent pliées, ne le furent que par la présence et l’errance du gibier.  Je connais très bien ces bois, je les ai foulé durant des années, j’y ai lu, j’y ai écris, j’y ai parlé et disserté doucement, j’y ai partagé seul, mes espoirs, mes souhaits, mes remords ou mes regrets, j’y ai laissé le jour me baigner de sa lumière, j’y ai laissé l’aube m’y envelopper et me couvrir de ces pensées qui seules peuvent naître quand le jour s’éteint et que la nuit estompe les frontières… 

En dehors de la présence du chien qui m’accompagne, je m’y suis toujours rendu seul.  Or, il y a quelques jours, j’ai croisé un homme à proximité de ces lieux, je l’avais déjà croisé il y a cinq ou six mois, soit la dernière fois que je m’y étais rendu.  C’était au même endroit.  Il est évident que lorsque l’on rencontre quelqu’un, à visage humain, il est de bon ton et de courtoisie de s’arrêter et d’échanger quelques mots.  Je trouvais déjà cela cocasse et curieux qu’a, un intervalle aussi long, dans un timing aussi dissolu que le mien, je rencontre le même homme, au même endroit et qui plus est qu’il me pose la même question. Il m’interrogea sur cet endroit dont je vous parlais plus haut.  Il recherchait le petit recoin perdu au milieu des bois.  Je lui avais déjà indiqué la route la première fois, mais il ne l’avait toujours pas trouvé…

Mon esprit se mit à vagabonder, il me raconta qu’il avait parcouru ce chemin il y a une quarantaine d’années et qu’il aimerait tant le retrouver…

Je me suis imaginé les souvenirs de cet homme, ce qu’il avait pu vivre durant quarante ans, tout les bons et beaux moments, et aujourd’hui, il cherchait, simplement, à retrouver ce petit sentier qui glisse au gré du temps et qu’il avait parcouru il y a quarante ans…

Je me suis imaginé, j’ai tenté de cerner ce qui avait pu ainsi, fixer avec insistance, en sa mémoire, l’image, la sensation, le plaisir, la tristesse, peut-être, de se souvenir récurant… 

J’ai composé maintes alternatives, je suis sur et certain que je suis très loin de sa vérité, je suis sur et certain de l’émotion et des pensées qui vont l’assaillir quand il posera le pas sur ces chemins que la nature et le temps ont, petit à petit, repris.   

 

 

Sous influence musicale et Proustienne     

Cinemix, « Cinemix », Universal Music Jazz France

Merci à Mel_bloodflowers pour l’évocation qu’a suscité ce titre, en espérant qu’elle nous laisse encore de nombreux commentaires ;)


12:48 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

tu trouves tjs les mots justes merci

Écrit par : francine | 28/07/2003

oui les mots qu'il faut C'est un plaisir de te lire, comme à chaque fois.
Une inspiration si belle que je la jalouse quelquefois :)
Bonne journée.

Écrit par : petrouchka | 28/07/2003

Tu as un message sur mon blog :) Ouaip .... suis le mode d'emploi :)
Ton histoire est très belle là ..... ça illustre bien "Effractions de pensées intimes "
Je vais relire :)

Écrit par : Mel_Bloodflowers | 29/07/2003

De tres beaux mots Un trés joli texte, un plaisir à lire...

Écrit par : Etolane | 30/07/2003

Continue à écrire, je continuerai à te lire. Je ne sais pas trop quoi te dire sinon que j'ai aimé te lire.

Écrit par : cat | 31/07/2003

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