05/08/2005

sensibilité

20

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03/04/2005

noir et sans sucre

19

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03/03/2005

prisme

18

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27/02/2005

boucle

13

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11/02/2005

En partance...

14

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23/01/2005

on se fait la malle?

15

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02/06/2004

le billet (extrait d'un récit trop long à raconter)

Je me suis approché de la petite maison en pierre. Le numéro sept était une petite bâtisse, un petit corps de ferme.

Je me suis approché de la porte, il y avait un papier punaisé sur le bois. Je l'ai examiné, il était effacé par le temps. Il me semblait qu'il devait y avoir des années qu'il y était accroché. Le papier était jauni, comme bouilli par la pluie et le soleil que le temps mélange. Quand à la punaise, elle avait laissé un fin filet de rouille s'écouler sur le papier. J'étais surpris. Toute la maisonnette semblait ordonnée, arrangée, comme un bateau. L'espace y étant réduit, tout semblait à sa place. Les parterres suivaient avec rigueur, la frontière qu'on leur avait impartie. Cela n'a l'air de rien, mais quand un jardin a cet agencement, cela suppose une rigueur dans le travail, dans le labeur. Ce papier m'intriguait, cette petite trace blanchâtre trahissait une symbolique qui m'échappait. Je frappai à la porte. Si j'étais venu jusqu'ici, ce n'était quand même pas pour examiner la propriété...

C'est Simon qui m'a ouvert. Je ne le connaissais pas, mais c'est ainsi qu'il s'est présenté à moi. Son épouse était occupée dans la cuisine, elle nous rejoindrait plus tard. De toute façon, c'est lui que je devais rencontrer. Il me fit asseoir dans le salon où j'ai commencé à lui poser mes questions.

[...]

Quand nous eûmes fini de prendre cette troisième tasse de café, je leur demandai d'accepter que je prenne congé. J'avais matière à réflexions. Ils me prièrent de les contacter si je voulais encore la moindre précision, cela leur faisait du bien de raconter ce qui s'était passé il y a soixante ans... Je leur promis de revenir mais pour discuter, cette fois de l'après. Sur ce qui c'était passé après. Je me suis arrêté sur le seuil, Simon tenait la porte grande ouverte, mon regard, s'est posé à nouveau sur ce petit bout de papier. Mes yeux ne s'y sont arrêtés qu'une fraction de seconde, et cela suffit pour déclencher une chose étrange: dans un silence, ils se sont échangés un regard d'une grande complicité, puis ont souri, un peu gêné. J'ai hésité, un instant assez bref, je dois l'avouer, la curiosité étant trop forte, et je leur ai demandé ce que ce petit bout de papier signifiait. Simon m'a regardé et puis m'a raconté:

"Il y a plus d'une vingtaine d'années, Sofia m'a quitté. Cela faisait cinq ans que nous nous étions rencontrés. J'étais sans dessus dessous. Elle est partie car nous ne savions, à l'époque, parler du passé. Un soir, après avoir longuement réfléchi devant mon bureau, je me suis rendu compte que je ne pourrais de toute façon rien y changer. Que c'était ainsi. Que je devais respecter son choix, sa décision. J'ai pris un morceau de bristol et j'ai écris quelques mots. J'ai ensuite disposé ce bristol à l'endroit que vous fixez actuellement, juste là. Il s'agit d'ailleurs toujours du même papier, du bon papier, papeterie anglaise, il est passé par toutes les saisons, vous savez. J'ai mis ce billet, sur la porte, parce que c'était la seule chose qui était en mon pouvoir. Le temps a passé, le papier s'est effrité, l'encre s'est estompée, mais je veillais que ce qui y était écrit soit toujours lisible.

Puis, un jour, quelques années plus tard, quelqu'un a frappé à la porte. J'ai ouvert et Sofia se tenait devant moi. Elle tenait une minuscule valise à la main. Nous nous sommes regardés et nous ne nous sommes jamais plus quittés. Je sais ce que vous allez me demandez: ce que j'avais inscrit sur le billet... "

Il me fixait souriant, confiant, alors, Sofia, qui s'était tue, se mit à réciter:

"Si je ne pense à toi, ma vie est plus facile, plus simple, mais elle me semble si terne, si vide, moins belle et sans vie... Je ne puis me résoudre dès lors à t'oublier... Je dépose ce billet sur cette porte, je ne peux aller te chercher là où tu t'en es allée. Je puis juste t'aider, si tu passes par ici, à ne point t'enfuir, à ne point repartir... Je peux juste par ces mots, te tendre les bras, t'offrir le peu de courage qu'il pourrait te manquer arrivée au pied de notre bonheur. Sofia, je suis là."

Tout en prenant Sofia par la taille, ce qui je vous l'avoue, pour un couple de plus de septante ans reste toujours assez émouvant, Simon enchaînat:

"Aujourd'hui, l'encre s'est effacée. Mais ces mots sont restés dans nos coeurs, il ne nous est plus nécessaire de les lire ou les relire. Nous ne laissons ce papier s'abîmer au fil du temps, que parce qu'il nous rappelle que dans la vie, l'impossible nous est permis... c'est le pense bête de notre bonheur."



sous influence musicale
Lady and Bird, EMI France (dans une certaine mesure, à rapprocher du fameux groupe Air)

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30/04/2004

réunion de famille






- fiction -

Très chère cousine,

Je regarde cette photographie hors du temps. J’étais présent et pourtant, j'étais absent.
J'étais absent du cadre et des propos. Je me sentais bien loin de vous, de vos conversations. J'étais si loin, si en dehors, si hors champ que je n'ai pas vu ton regard qui me fixait. C’est curieux, tu étais bien le sujet, et pourtant, à l’époque, je ne t’ai pas aperçue me regardant, me fixant (oserai-je le… « me médusant » ?).
C'est étrange. Cela n'a l'air de rien, mais la mémoire du négatif s'est développée. Et le positif que j'en tire à présent, c'est de lire et d'écrire sur l'effet qu'a eu sur moi, une quarantaine d’années après, ton visage flou et rayonnant.
Ma mémoire à ses défauts, tu sais. Je prends grand soin de ces petites imperfections, elles me sauvent en bien des instants. Pas plus tard que la semaine dernière, quand, Annie m'a demandé si je l'aimais, je lui ai répondu que je ne savais plus. De la surprise est né un éclat de rire, un fragment d'instantanéité mémorielle intense, un contraste à faire pâlir un cinéaste. Imagine : un visage traversant les stigmates émouvants de la surprise [ma réponse], de la colère [ce qu'elle véhiculait], de la connaissance [de mon humour] et de la joie [de d'en sentir plus encore aimée]. Une fraction de seconde, et cependant, mon regard avait tout capté, tout assimilé, tout classé. Ce fut un moment fort et pourtant...
Et pourtant, quand j'ai retrouvé ce petit morceau de négatif coincé entre l'agrandisseur de papa et la table en bois (celle qui porte encore les initiales que tu avais gravée avec le petit couteau d’écailles dont tu ne te séparais, au fait, l’as-tu encore ?), je me suis interrogé sur sa présence. Ou plutôt, je me suis interrogé sur son absence. Durant toutes ces années, ce fragment de temps s’est éclipsé de mon histoire pour ressurgir, il y a de cela quelques heures. Je pourrais croire qu'il se trouvait là depuis plus de quarante ans. Ne vas pas croire que le labo n'a jamais été nettoyé depuis, non, que du contraire, le labo est chez moi, à présent, depuis la mort de mon père, et c'est, précisément, cela le plus troublant: comment ce petit morceaux de celluloïd s'est-il logé chez moi? Papa n'avait pas l'habitude de couper les négatifs et retrouver ce cliché qui, sous cette forme ne me disait rien m'a perturbé. Pas un temps suffisant pour modifier le temps d'exposition de mes planches contacts, mais suffisamment pour brûler l'un ou l'autre bout d'essai. Je suis sorti examiner le morceau d'instant à la lumière. Il était dans un état piteux (la qualité du cliché que je t’en reproduis ici, à nécessité, me croiras-tu un grand effort de concentration, d’équilibrisme et la substance mémorisée des astuces paternellement acquises). Je l'ai placé dans l'agrandisseur et comme un flash, le souvenir m'est apparu. Il s'est focalisé en une bouffée d'émotions. Je ne me souviens plus très bien des circonstances. Il s’agit du mariage de Lili et de Michel, mais je n'ai aucune certitude, je pourrais peut-être vérifier dans les caisses de négatif qui traînent au dépôt, mais l'important n'est pas là, l’important se trouve à présent dans ce qui fut ramené à la surface.
Ce jour là.
Ce jour là, je devais avoir six ou sept ans. J'ai pris l'appareil photographique de l'oncle Georges qui était déposé sur la table. Il devait s'agir d'un Contax w/ Sonnar 50mm f1.5, si je me souviens bien, mais les sursauts de ma mémoire peuvent expliqué les soubresauts de sa fiabilité en ce qui concerne mon expertise technique. Ce que j’ai fait était mal, je le sais : on ne prend jamais l'appareil d'un autre si l'on n'y est pas invité. Pourtant, en toute innocence (j'emplois ce mot, avec un brin de cynisme, je savais très bien à l'époque, malgré mon jeune âge, ce que je faisais), je me suis emparé du fameux boîtier. Il était lourd. Il en a fait les frais une première fois quand il s'est échappé de ma main pour partir à la rencontre du sol sans aucune légèreté, crois-moi sur parole. Personne n'a rien vu. Il faut dire qu'avant de commettre mon menu larcin, j'avais pris soin d'attendre que vous soyez tous à l'extérieur. Vous étiez parti accueillir Tante Jane, "la vieille à la bosse" comme nous l'appelions en son absence. J'ai ramassé, l'appareil, toujours entier: lourd rimait encore, en ce temps là, avec solidité. Solidité qui sous ma sollicitation fut cependant soumise à bien des épreuves (si je puis dire), quand je le laissai tomber une deuxième fois : je l'avais glissé sous ma chemise pour sortir, j'étais passé inaperçu dans la cour et je m'étais disposé derrière les automobiles et c’est à cet endroit qu’il percuta dans un bruit de carrosserie froissée les pavés de pierre. Quand je l'ai ramassé, il faisait un drôle de bruit, une sorte de tintement métallique, un cliquetis que je n'avais pas encore remarqué mais, il est vrai, c'était la première fois que je m'en servais. Je n'ai pas trop pris la peine de réfléchir et le reste de ce qui suit se déroula en quelques minutes : accroupis, j'ai amorcé l'appareil, j'ai entendu, à cet instant, l'oncle Georges appelé son épouse, tante Thérèse, pour lui demander où elle avait fourré sa caméra. A cet instant, je me suis relevé de derrière la voiture, j'ai pris une photo, juste une, LA photo, cette photographie. Puis quand l'oncle Georges à crié mon nom, j'ai sursauté, et j’ai lâché le Contax des mains, qui lui même, malgré la solidité dont il m'avait, jusque là, témoigné, s'est cassé à hauteur de l'objectif. L'oncle Georges était déjà derrière moi, il fulminait, et papa a eu du mal à le calmer, je crois d'ailleurs que sans tante Thérèse, il n'y serait jamais parvenu.
L'appareil était foutu. C'est en ces mots que l'on me l'a annoncé. J'ai passé le reste de la journée dans la petite chambre de bonne.
A l'époque, papa ne gagnait pas beaucoup d'argent, et je sais qu'il a remboursé, mois par mois, l'appareil à l'oncle Georges. Je crois que, dans le fond, mon père était content. C'est curieux de dire cela, mais l'oncle Georges gagnait très bien sa vie, et il fallait toujours qu'il épate tout le monde. Vois-tu, mon père était déjà le fou de photographie que tu connaissais. Il économisait sur ces dépenses pour pouvoir s'adonner à sa passion. Georges, lui, n'y connaissait rien, mais il fallait chaque fois qu'il achète le matériel dont mon père ne pouvait que rêver. Je me souviens, quand j'ai pris l'appareil sur la table, il y avait le boîtier de mon père à côté. Je connaissais sa valeur, la valeur de l'étincelle que mon père possédait au creux de son regard après chaque photographie qu'il capturait. J'aurais pu prendre celui là, je savais m'en servir et le manipuler, mais j'avais peur de voler les parcelles de fractions de secondes que mon père parvenait, si fidèlement, à capter sur pellicule. Je crois que c'est ce qui a poussé mon choix. Mon père ne m'a plus jamais parlé de cet appareil et l'existence de cette histoire si elle n'était oublié avait néanmoins estompé le mobile de mon méfait. Le mobile qui, après toutes ces années, aurait pu se dissiper si cette petite protubérance de celluloïd débordante n’avait point attiré mon attention. Je ne sais toujours pas comment le négatif m’est parvenu. Il doit s’agir de la seule photographie qui fut prise, par mes soins et par cet appareil, ce jour là. Cette photo revêt d’un caractère unique. Unique dans son sujet, dans son histoire, dans son passif, que seul, je pouvais connaître. Cette photo est rescapée du temps. Elle témoigne d’un bref instant, d’une sensation, d’une perception construite et imagée par mon âme d’enfant. Elle est floue, mal éclairée, et pour bon nombre, qualifiée de ratée… Pour moi, elle est entière, articulée et la seule dont l’histoire m’apparaît, à ce jour, aussi clairement. Le mobile est là, au fond de ton regard, Josephine.
Je voulais prendre une photographie de toi, ce jour là. Toi seule qui m’as vu maîtriser l'Instant du Temps, comme tu peux voir. Toi, ma cousine de dix ans mon aînée. Toi qui me chamaillait mais qui de ses yeux et de son sourire parvenait à me laisser entrevoir le bonheur de ce que j'ignorais encore mais que je tentais, je le découvre maintenant, d’esquisser, par une photographie, les traits : le bonheur d'aimer.
Aujourd’hui, ces pensées me reviennent, il aura fallu quarante ans pour que je les rassemble et te les pose sur ce billet. Quarante ans, le temps d’un soupir de Monde, le temps d’une vie afin, qu’à travers le prisme de jadis, renaisse l’éclat de ma candeur d’antan… Merci à toi, pour ce sourire offert, merci à toi pour ce que tu auras, inconsciemment fait renaître aujourd’hui, il y a de cela, quarante ans.



Sous influence musicale
mokira, album, typerecords.com

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08/04/2004

Qui a dit chaotique?
























Dérapage.
J'aime bien sentir mon esprit se mettre en travers, sentir l'effluve des pensées s'échauffer, odeur de caoutchouc brûlé, et s'évaporer en mes songes étoilés.
Imaginez...
Imaginez le parcours de l'infime perception sensoriel en vagabondage illicite au sein de mon cortex.
En général, cela part d'une chose simple, cela se poursuit en bondissant de songes en songes au gré d’influx électriquement éclectiques à travers un tissu neuronal pour emboutir un paradoxe, une pensée cachée, voilée, voire oubliée. L'intensité de la mise en abîme me donne, en particulier, l'immense satisfaction du vertige, le bonheur précis de ces moments où tout peut choir, où ma présence, insignifiante, ne m'est plus que d'un équilibre instable glissant en un grisant arrêt du temps.
Parfois, je vous le concède, il ne s'agit que d'un acte volontaire, parfois cependant, au gré du flot, je me laisse voguer, n'ayant pour seule volonté que celle du naufragé dans un tumulte de propos, laissant au seul soin spirituel, la joie de rassembler le discours décousu qui s'échafaude sur l'absence, béate et impertinente, de ma conscience.
En guise d'expérience et d'exemple, je parlerai du bonheur que me prodigue quotidiennement la pensée automatique. Je m'offre, en effet, le luxe du laisser aller pensif: bonheur que de laisser une pensée batifoler en nos mémoires, lui insuffler l'espace et la place pour virevolter et se poser où bon lui semble. Tout est question de cheminement. En effet, l'art du bonheur réside dans l’exploration même du lien qui tisse et assemble ces événements éparpillés restant, sans son appui, d'une nature totalement étrangère...
J'en vois deux ou trois qui ne suivent pas. Je vous sens un peu perdu dans vos réflexions et c'est justement de ces égarements dont vous pouvez témoigner: A quoi pensiez-vous? Quel mot vous a fait perdre le fil? Et vers quelle particule pensive vous a-t-il emmené? Enfin, quel lien, mis à part vous, de toute évidence, a permis de les rassembler?
Nous nageons en pleine expérience unique, celle d'une prémisse aux pensées multiples...


sous influence picturale
Stephan Hoenerlooh "Entwurf zu: At the Right Side close to the Picture: Il Tempietto", découvert dans le cadre de l'exposition Art Bruxelles 2004

17:28 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

20/03/2004

violon

Quand j’étais enfant, âgé de six ou sept ans (peu importe), mes parents m’interrogèrent sur mes envies de pratiquer un instrument de musique. Ma sœur, de trois ans mon aînée, allait, c’est un fait, débuter des cours de solfège et de harpe et mes parents ne voulaient, je présume, me léser.
La question, si elle me surprit ne resta pas sans réponse. Je déclarai avec une promptitude qui m’étonne encore aujourd’hui, « du violon ». Mes parents qui s’attendaient sans doute à un brin de réflexion de ma part furent relativement surpris (mais peut-être heureux, sur l’instant, que je n’ai décidé le trombone ou le piano).
Avec un peu de recul (après plus de vingt ans, je pense que je puis, en toute aisance parler de recul), je m’interroge sur ce choix. Je ne me souviens pas être resté médusé par l’un ou l’autre joueur de violon (André Rieu, si je puis me permettre cette parenthèse résolument habile, n’existait pas encore à l’échelle qu’on lui connaît), et les seuls souvenirs classiquement musicaux que je me souvienne avoir vécu précédemment cette décision, furent les heures passées, le casque phonique de mon père posé sur le crâne, sans rien dire, sans rien faire, juste assis face à une vieille table en bois foncée et cirée, dont les nervures se dessinent encore en ma mémoire…
Je me souviens être resté ainsi, durant de longues heures. Mon père fut d’abord surpris, de me voir dans ce statisme attentif, puis il me laissa, venant de temps en temps jeter un œil sur son fiston. Je crois que j’étais fasciné par plusieurs choses, la musique certainement (pour le programme dont je ne me souviens, je devrai vous demander un brin d’indulgence ou de vous référer aux check-list de « Musique Trois » des dimanches matins, aux alentours de janvier 1980), mais également par la confiance, je pense, que l’on m’accordait à me laisser écouter ces sons si différents, si en dehors, si étranger à ce que j’avais l’habitude d’entendre. Je crois que j’avais une certaine fierté à pénétrer le monde des grands.
Mes parents ne tardèrent pas à m’emmener chez un « luthier » (j’use et abuse des guillemets : je crains particulièrement que ce mot ne: soit foncièrement justifié, je doute que cet homme, que nous allâmes trouver, ait, un jour, un seul, touché un violon à un quelconque moment de sa fabrication… cependant, je trouve ce terme particulièrement plaisant et je m’en voudrais de ne point me permettre de l’utiliser en cette circonstance). Cet homme donc (n’abusons pas non plus du vocable tant aimé), me vendit ce qui allait me faire découvrir le monde merveilleux de la musique jouée…
Il y a quelques temps, j’ai ressorti le violon de son étui, il m’a semblé si petit, si fragile. J’ai pressé les cordes, j’ai tenté de l’accorder un peu (je dois vous avouer que ce fut vain, je n’y suis d’ailleurs jamais parvenu). J’ai pris l’archet, je l’ai enduit de colophane : j’ai retrouvé le geste. J’ai examiné l’instrument, qui malgré le temps ne me semblait en rien différent, je l’ai coincé entre mon épaule et mon menton, puis, délicatement, j’ai posé l’archet sur les cordes.
Dans le silence, j’ai fermé les yeux et j’ai laissé glissé ma main…
Rien n’a changé depuis le temps, le son, qui en émanât, me glaçât le sang, toutes les images me sont remontées vives et poignantes du creux de mes entrailles: le crissement, le visage de ma sœur qui se crispait quand je jouais, les mains qui, par réflexe, se posaient prestement sur les oreilles...
A chaque fois que je saisis mon violon, j’en arrive toujours au même résultat, cette sensation de ne pas le faire chanter, mais de le faire crier. Je crois que je dois être une des rares personnes qui prend cet instrument pour le plaisir de se rappeler la souffrance de ce cri, de ces instants qui m’ont fait découvrir ce qu’il y a de vraiment magique à écouter un véritable joueur de violon.



Sous influence musicale
Air, « Talkie Walkie », EMI Music France

19:28 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

30/01/2004

errance

esquisse s'esquisse et se glisse en douce dans mes carnets...
esquisse de rêves et de songes sous un firmament se repait...
tentant que de s'éclipser pour quelques moments...
tentant que de laisser s'abandonner au fil du temps...
esquisse s'esquive en voyage...




envie de jeter une "bouteille à la mer"?

23:41 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/01/2004

Yvon B.

Quand j'étais à l'école primaire, j'aimais beaucoup courir. Enfin, je crois. Après une absence de quelques jours, pour une raison qui reste floue et mystérieuse, je me retrouve au cours de gymnastique où j'apprends qu'il est trop tard pour s'inscrire au cross provincial qui se déroulera le mois suivant. J'insiste un peu, du haut de mes huit ou neuf ans, mais rien n'y fait, les papiers ont été renvoyés durant mon absence. J'abandonne l'idée de me distinguer par mon unique présence à cette course (loin de moi le souhait de prétendre à une quelconque classification) et la vie reprend son cours.

Trois jours avant la date du "championnat", mon professeur d'éducation physique m'interpelle et me demande si je suis toujours intéressé par la course de Namur, il y a un élève d'une autre école qui ne pourra y participer, je puis prendre sa place, si cela m'intéresse. J'accepte.

Le mercredi après-midi, mes parents me conduisent à Namur, je retrouve les autres élèves autour du professeur. Il distribue les dossards. Il me tend le mien, me fait un clin d'œil, il est numéroté du chiffre six cent nonante et quelque chose, et un nom est écrit en grand: Yvon B.. Je suis surpris. On m'explique que je courrai sous le nom de l'élève absent, que je ne dois rien dire. Je comprends: aujourd'hui, pour quelques heures, je serai Yvon B.. Cela m'amuse, je croise des gens qui ne me connaissent, ils lisent mon nouveau nom sur mon ventre et dans mon dos. Un commissaire m'interpelle par ce prénom (je ne réagis d'ailleurs pas de suite, il me faut un peu de temps pour m'habituer...). J'arrive à la ligne de départ. Il faut d'abord faire le tour du terrain en marchant, "pour repérer les lieux" selon un des organisateurs. Mon scepticisme est déjà présent: pour qui nous prennent-ils? Nous avons à peine une dizaine d'années, pensent-ils vraiment que nous allons jouer les stratèges? Je souris de cette "adultisation" facile et puérilement navrante. Sur la ligne de départ, je retrouve des amis étant à l'école de l'autre, Bertrand, notamment, qui réagit très vite. Je lui explique. Je lui demande si il connaît Yvon B., il me répond qu'il est en classe avec lui, que c'est un chouette gars, qu'il s'entend bien avec lui, mais que je lui ressemble pas du tout. Ce sur quoi, je lui réponds qu'ils auraient pu faire un effort, que je me plaindrai de cette imposture, je veux bien jouer les doublures mais de grâce, que les acteurs principaux prennent la peine de ressembler à leur image, il faut que chacun y mette du sien. Nous rions beaucoup. Le départ est donné. Je n'arrive pas dernier et ce malgré tous mes efforts. Le nom d'Yvon B. sera affiché dans le journal régional à mi-chemin entre le premier et le dernier, je pense.

Deux ans plus tard, je change d'école. Je vais dans l'école d'Yvon B. que je ne connais d'ailleurs toujours pas. Là, j'apprends qu'il a changé d'école également. Je l'oublie.

Après quelques années, je me retrouve dans une compétition d'athlétisme. Je n'y suis pas de mon plein gré, je dois avoir dix-sept ans. A l'époque, je profitais de ce genre d'événements pour transgresser quelques règles, préférant remplacer l'eau désaltérante de mes bouteilles, par de la vodka, également incolore mais bien plus grisante, ce qui avait, sur mon "1500 mètres", la capacité de me propulser avec une extrême facilité vers la dernière place tant convoitée... Cette place magique où on ne vous demande plus rien, on est juste content que cela s'arrête pour vous, essayant de vous préserver de l'humiliation. J'en ris. Pour moi, dernier était un choix. Le choix de montrer que, pour moi, la compétition n'avait aucun sens. J'aimais courir, mais pas pour un chronomètre et encore moins pour une école dont je ne supportais les règles. Cela me plaisait de réduire à néant l'ambition de ce collège, de participer à son menu déclin, d'être le grain de sable au cœur d'une mécanique vieillissante et rétrograde... mais revenons à la compétition, voulez-vous? Tandis que je végétais au milieu du terrain d'athlétisme avec quelques amis, le haut-parleur résonne, on appelle Yvon B. à la ligne de départ pour le "800 mètres"... Je réagis, je me lève, je vais voir, je cherche du regard. Je vois un groupe d'élèves qui s'élancent. Je les regarde passer, je vais à la ligne d'arrivée. Les dossards ne comportent que des numéros cette fois. Je regarde des visages. Je n'en reconnais aucun, comment le pourrais-je? Je ne connais qu'un nom et un prénom...

Yvon B. reste un inconnu, une rencontre avortée, un croisement raté, un télescopage improbable, un méandre particulier dans ma vie. J'ai rencontré pas mal de gens, j'oublie rarement les noms de mes amis d'enfance, d'adolescence, cela m'arrive, mais souvent, si je feins d'ignorer ou de ne reconnaître, c'est une absence volontaire. Je sais, ce n'est pas bien, mais les conversations stériles m'ennuient. Et la perte de temps dans un tissus de mots creux, dont je soupçonne l'oubli, par l'interlocuteur, si tôt que, de cet instant, je serai sorti, fait que je ne parviens qu'occasionnellement à renouer avec le passé que j'estime révolu. Pour Yvon B., cela est très différent. Ce nom ne m'a jamais quitté, je me suis souvent demandé qui il était, ce qu'il faisait. J'ai porté son nom un après-midi, il n'en savait sans doute rien, mais j'ai été relié par ce simple fait à une ombre sans visage. Je sais qu'il s'est retrouvé en même temps que moi dans quelques soirées, je sais que je l'ai certainement croisé, que j'ai cherché à plusieurs reprises à découvrir qui se cachait derrière ces lettres, et pourtant, il n'est resté qu'un nom, qu'un soldat inconnu dans ma vie. Un mot rempli d'ignorance, d'insuffisance et d'interrogations.

Il y a quelques mois, je parcourais les annonces immobilières d'un magazine à diffusion confidentielle, ce genre de toutes boîtes renfermant publicités et tissus d'articles inintéressants. Ce genre de publication que la plupart n'ouvre pas ou si peu. Je parcourais, donc, les colonnes des annonces notariées, et au milieu de ces maisons - villas sordides et fleurissantes par l'habile politique d'urbanisme dont s'est doté notre pays, une erreur s'est glissée. Cela arrive souvent, on ne peut en vouloir au metteur en page, la différence entre une annonce de notaire et un souvenir nécrologique est infime: le même cadre noir, une photo vague et indescriptible, un tissus de qualités, de caractéristiques gonflées de nombreux adjectifs que, jusqu'ici tout le monde méconnaissait, de splendides lieux communs... non, vraiment, la différence ne saute pas au nez, et je me garderai de jeter la pierre.

Une erreur donc, comme un geste, comme une volonté. Devant moi, j'ai lu: "Il y a un an que tu nous as quitté..." et en bas de l'article, de l'éloge au disparu, son nom: Yvon B.. J'ai été pris d'un sourire triste. J'ai marché un bout de vie avec ce nom dans mes pensées, le prénom éteint d'une personne que je ne connaîtrai jamais.

Etrange et curieux, ce lien que j'avais tissé durant toutes ces années et qui me revient par instant... Etrange et amusant, de savoir que dans la mémoire d'inconnu, notre nom séjourne peut-être dans un écrin de souvenir et de mémoire...

 

 

Sous influence musicale

Morrissey, "Kill Uncle", Sire Records Company 1991


15:03 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

28/12/2003

carnet

Souvent, je m'attable avec quelques journaux, toujours les mêmes: quelques suppléments ou hebdomadaires littéraires échoués par la bienséance de quelques amis ou parents.

Je m'attable, je tourne les pages, mon regard glissant de ligne en ligne, je scande au mot à mot. Parfois, je laisse le temps me suspendre à la lecture d'un article, ou d'une volée de phrases. Introspection plaisante, abandon dans la découverte des tissus et des brides de songes, d'histoires et de contes qui, en souffrance, s'émeuvent tout au fond.

Cette suspension est intemporelle, je porte la main au carnet qui m'accompagne, je glisse quelques mots, phrases, idées neuves (mais déjà mortes enfouies, happées par le torrent des pensées). Viendra plus tard, le travail de l'archéologue, celui de dépoussiérer, de retracer les traits manquants, les idées absentes ou oubliées, qu'en ce carnet, j'aurai, dans l'empressement, pu éluder. Plaisir de noircir les pages d'un petit carnet de notes, sans savoir pour qui ou pourquoi cela se fait... Plaisir "étain" de m'imaginer ce tumulte d'idées être les fontes de quelques ébauches textuelles...

Curieux plaisir, attablé, les articles s'articulent, s'échafaudent, m'égarent. Si j'examine après coup, les références notées, je m'interroge sur ces reconnaissances que je leur octroie... Il m'est souvent arrivé, lors de mes escapades en librairies, de chercher des livres inscrits sur mes papiers en ayant oublié la raison même de ces mentions... Parfois, d'un regard au revers de l'objet de mes convoitises, la mémoire me revient. Parfois, il n'est de place que pour l'oubli de cet instant d'égarement qui me fit noter les références de tel ou tel... Alors, j'hésite, j'ouvre, "au hasard", et je parcours quelques lignes ou pages: actes dangereux, s'il en est, combien de livres me trahirent la surprise, le rebondissement et ainsi réduisirent à néant la mécanique alchimique et subtil de son auteur. Souvent, je fus conquis, cependant, je ne retrouve qu'accessoirement le pourquoi de cet aboutissement en mes mains, mais toujours, ou la plupart du temps, je fais confiance, achetant dans l'ignorance et dans le désir de savoir pourquoi, un titre, un auteur s'est invité au creux de mes errements...

 

 

Sous influence musicale

Avia, "I see that Now...", les disques du catalogue 

Avia, dont le "livret" mérite une attention particulière pour le voyage qu'il prodigue...

 


14:22 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

09/12/2003

promenade hivernale

"J'ai les joues en feu, le cœur qui vibre, qui bat, qui raisonne, qui gémit, qui crie, qui percute et abonde en soubresauts: je vis."

Promenade en forêt. Le calme. Cela fait une heure que j'avance, pas à pas, oreilles tendues. J'ai adopté le rythme lent et souple de l'homme qui guette, qui patiente. Je n'ai parcouru qu'une infime distance, juste de quoi pénétrer en profondeur la forêt. J'ai veillé à ne commettre le moindre bruit, j'ai soigneusement évité de craquer la moindre branche, de froisser la moindre feuille jonchant le sol. J'ai abordé le bois face au vent. J'ai tenté de résoudre la multitude de petits éléments perturbants, j'ai pensé, choisi, écarté. Le vent d'Est est froid et je le reçoit en pleine face, il sèche, il brûle, il tend ma peau, la durcit: l'air que je laisse échapper s'évapore en une brume légère qui s'étiole derrière moi. Je pose un pas, et avant de poser l'autre, je reste aux aguets. J'attends. J'aborde le mouvement lent du balancier de ma marche. Je repère une dizaine de mètres devant moi, je mémorise les interstices entre les brindilles et les feuilles, je repère la mousse ou l'herbe silencieuse, je sélectionne, j'ai une poignée de secondes pour retenir la voie de mes quatre ou cinq prochains pas: je n'ai pas le choix, je veux avancer, tourner la tête de tous côtés, et savoir que je resterai silencieux. Je pose mes pas, funambule, j'avance.  Tout est calme. Les oiseaux chantent encore, malgré le froid, aucun ne s'envole, nul ne trahit ma présence. C'est le moment. Pas de place pour le demi-succès. C'est un jour. C'est ce jour.

J'avance.

Je prends le temps. Je sens une présence. Je sais que je serai surpris, toujours. Je sais qu'elle surgira là où je ne la soupçonnerai pas. J'ai un doute. Je m'arrête, je m'accroupis. Je touche le sol froid, je prends un peu de terre, je la frotte dans ma paume et je respire cette odeur qui m'appartient. Je reste ainsi, suspendu au moindre son. Je sens quelque chose, j'ai un frisson. Je sens. Tout reste à venir. Doucement, je reprends ma marche, je jette un œil sur le sol gelé, quelques empreintes apparaissent figées par le froid. Je pointe une direction. Je m'y tiens, je m'enfonce. La végétation se fait ronce: une clairière aux couleurs de la boue, brune, brute, ocre et dans un sommeil de vie... Les arbres sont nus, déchirés et arrachés de leurs teintes d'automne. Tout est sauvage, ce bois, ces bruits, ce vent et ce froid qui, petit à petit s'immiscent et s'enchevêtrent. Le temps passe. Je me fixe en un point, en équilibre sous un arbre. La difficulté réside dans le désir de bouger, d'aller et venir. Le corps s'endort, il commence à se faire douleur aux appuis. Je pense. Et comme un soupir, une voix se meut en mon crâne, "...de trop, Jibi, de trop...", je souris. Je pense que je ne pense pourtant jamais assez. Je viens de parcourir en un trajet, un brin de mon éternité. Et je suis là, seul, et j'ai la chance de pouvoir prendre mon temps, de pouvoir attendre. J'ai la chance de pouvoir avoir froid par plaisir. J'ai le bonheur d'être là, à cet endroit, perdu entre mes pensées et l'attention particulière que je manifeste à l'égard du monde qui m'entoure. Les questions se multiplient... les réponses s'épuisent... je suis seul, et je souris. Je ne sais plus qui je suis. Petit à petit, la nature m'a enveloppé, m'a entraîné, j'ai confiance en mon idée, en ma perception de cet univers pour qui, pourtant, je ne serai jamais qu'un étranger en transit. Je ressens une certaine chose. J'ai une certitude et, autour de moi, il n'y a que cette présence que je désire apercevoir. Plus que tout, sentir cette odeur animale, sentir. Je m'accroupis dans un coin. Je garde mon calme et tais, en moi, cette impatience d'enfant. Je sais qu'il me faudra encore attendre, dans le froid, l'humidité qui tout doucement commence à imprégner mes vêtements. Je sais. Mais j'ai fait mon choix. Plus qu'un choix, c'est un désir, le désir d'être. Rien ne m'ennuie.

Je laisse ma main se poser contre le tronc de l'arbre contre lequel, je suis. Les aspérités de ces sillons, de ces craquelures, éveillent les souvenirs. Les souvenirs...

Je songe à ces vies passées à chercher, je songe à ces mains posées, je songe aux choses, à la douceur et à la rugosité. Ma respiration est lente et reposée, je voudrais qu'elle soit celle de l'arbre: une longue inspiration de printemps et d'été, pour une expiration d'automne et d'hiver.

Je pense.

Le jour commence à s'éclipser. La vie reprend son cours. Les sons se font plus présents. Et tout doucement, au milieu de la clairière, une tête se dresse... Je ne bouge plus. Elle était là, depuis le début, couchée, j'aurais pu passer à côté. Je suis dans l'ombre, la biche ne peut me voir. Elle se lève. Elle me méduse, elle sait que quelque chose, quelqu'un, est là, mais elle ne sait qui ou quoi. Je la sens nerveuse, vive... C'est la première fois que je me trouve si près, sans qu'aucun d'entre nous ne bouge. Elle avance, élégance, et vient vers moi. Elle s'arrête et me fixe: elle m'a vu, ou a pressenti. Je m'arrête de respirer. Le contact est fragile. Elle avance d'un pas, puis un autre et fonce vers moi. Je reste là, pétrifié, elle passe à côté de moi, je pourrais tendre le bras et presque l'effleurer. Je la suis du regard et puis, sans réfléchir, je fais un premier pas et je pars sur ses traces, je commence à courir, j'essaie de rester léger et souple, je trottine, à travers ronces, branches, boues, arbustes... Je sens les épines sur mes jambes, les branches me lacèrent, la nature me retient, mais j'avance, je force la cadense. Je cours, j'ai la vie, le feu, en moi, je bouillonne de bonheur, c'est une invitation qu'elle m'a lancée, elle est déjà loin devant moi, je poursuis un rêve primitif, je poursuis...

"J'ai les joues en feu, le cœur qui vibre, qui bat, qui raisonne, qui gémit, qui crie, qui percute et abonde en soubresauts: je vis."

Je l'aperçois qui file sur ma gauche, j'augmente le rythme. Elle me promène, elle me perd... Je cours, je file, je sais pertinemment bien que je vais au plus profond... Elle disparaît. Je m'arrête, je l'entends, j'ai couru une dizaine de minutes derrière elle, je l'entends au loin... Je fais encore quelques pas, je ne suis pas essoufflé, je m'accroupis près des traces qu'elle a laissées. Pour tout contact, je pose mes doigts sur la marque de ses sabots, je garde l'image de sa patte, je ne l'oublie, je la reconnaîtrai, je l'espère, et j'en souris. Je me lève, j'écoute le silence de la nuit qui pointe, pour retrouver mon chemin, il ne me reste que la confiance...

la confiance et l'instinct...

 

Sous influence musicale

Nick Cave and the Bad Seeds, "Nocturama" (et particulièrement, "Babe, I'm On fire" et "She Passed By My Window ), Mute Records

J'ai beaucoup appris aujourd'hui, la patience, la souffrance, l'effort vain, la confiance, l'espérance et, je me réjouis d'autant plus, car je soupçonne que demain, j'en apprendrai plus encore...


20:41 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook |

25/11/2003

compte à thermes

J'aime beaucoup me retrouver dans cette ambiance. Une ambiance calme et détendue, hors piste, hors du temps, en tout cas c'est ainsi que je le ressens. Je ne m'y complais, cependant, pas assez souvent, et pourtant, le bonheur, le plaisir et la volupté qui émane de moi quand j'en franchis le seuil devrait contribuer à une certaine dépendance.

Evidement, pour un lecteur peu attentif, distrait, il doit planer une zone d'ombre sur la nature de mes propos, je le renverrai donc, simplement sur mon blog-notes afin de l'éclairer quelque peu.

Mais que s'y passe-t-il? A vrai dire, rien, ou pas grand chose. Et je crois que le "bien" réside justement dans cette absence d'occupation. Le rythme change, le désordre et le tumulte s'estompent. L'important se fait vide et bonheur de se sentir vivre.

Le parcours qui s'y opère est, pour moi, sans grande fantaisie, il est une succession de petits gestes, de petites actions teintés de pensées méditatives et de physiques sensations: le réveil de l'esprit à travers d'intenses perceptions. Je débute par une douche d'eau vive, s'ensuit une phase d'acclimatation, assis, les pieds barbotant dans un bassin. Je poursuis, après quelques minutes, par un hammam: sensations vaporeuses, vision vague et floue d'un univers sans limites, s'asseoir, écouter le bruit de l'eau, les murmures de quelques uns, le clapotis de l'eau ruisselante. Il fait chaud, la vapeur se colle à la peau, sensation étrange. Au bout d'une dizaine de minutes, j'accélère le rythme en me "rafraîchissant" sous une douche glaciale, je retourne m'asseoir dans la moiteur, l'effet est immédiat, mon sang s'active, mon corps réagit en un bouillonnement. A la sortie, je reprends une douche froide puis, je me plonge dans un bain d'eau glacée. J'alterne le chaud et le froid. Je rentre dans la piscine ou je me laisse bercer.

De petits gestes, de petites actions, je reprends une douche, je m'apaise, et poursuis par une succession de saunas. En saunas, l'air est particulier, l'odeur du bois chauffé, l'odeur de la chlorophylle, de l'eucalyptus, une odeur particulière qui me plaît et à laquelle il m'arrive d'associer, je ne sais pourquoi, le parfum du cacao, cela est infime cependant je ne parviens à en distancier la perception. L'air est sec et brûlant. Je m'étends sur un drap, et je laisse voguer les pensées. Au début, il y a toujours l'abondance, les pensées vont et viennent, j'associe mes mots, mes instants, les doutes et les certitudes, et petit à petit, tout se fond, la chaleur opérant. Les soucis me semblent vains et illusoires, un brin de distance s'installe en moi. Je sens la chaleur, ma respiration s'allonge, je ne bouge plus, je gis, paisible, les pensées se prélassant dans l'atmosphère. Tout est calme et silence. Je pressens des mouvements lents, de gens entrant et sortant, je pressens mais je n'en ai la certitude. Posé dans un repos, mon corps succombe à la chaleur. En gouttes légères et fines, la chaleur, sur la peau se dessine. Ma respiration est un balancier qui me maintient dans l'équilibre de cet état proche de l'ivresse. Le temps s'allonge et s'épuise dans l'ombre d'un sablier. Le temps s'égraine peu à peu, par instant, il a l'accent d'éternité mais quand le détachement s'opère, il file et s'éclipse. Après un quart d'heure, je sors, je me réfugie sous l'eau glacée, réaction vive, circulation activée, tous les sens en éveil, j'abuse de cette eau froide puis je me réfugie à nouveau dans la piscine, m'isolant et me prélassant dans le flottement avant d'entamer un nouveau cycle…

Après quelques heures, l'esprit est libéré, l'âme sereine guide mes pas dans un salon. Je m'y assieds, commande un jus de fruits, et plaisir suprême, je me retrouve, en tête-à-tête, avec un livre savamment choisi. J'évite plus que tout, en ce genre d'endroit le plaisir du thriller ou du policier, car si l'histoire me saisit, ma détente fait vite place à l'envie, au désir et aux trépidations du livre à rebondissements. Je lui préfère, non point le soporifique roman (que j'affectionne tant, pourtant, en d'autres instants), mais l'ouvrage propre à l'introspection. Ce genre de livre, qui, lut dans une pièce peuplée d'inconnus, vous fait porter un regard plein de bonheur, de curiosité sur ce monde qui vous entoure. J'aime ce genre de livre ou je peux deviner la vie de l'un ou l'autre, ou même et surtout, peut-être, la mienne. J'aime tourner les pages et entre chaque paragraphe deviner qui, de cette pièce, se cache derrière les mots…

Paisible dimanche gris, perdu dans mes pensées, j'ai traversé, fugace comme une ombre, le désert du temps. Au fond de moi, un sourire a trahi, le bonheur de cette détente intérieure… Doucement, il faut reprendre le fil de la vie, garder auprès de soi les idées claires qui sommeillent, les songes bleutés qui s'émerveillent, et qui, dans la vapeur ont imprégné mon être.

 

 

Sous influence musicale

Tied + Tickled Trio, " Observing Systems", morr music


17:00 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

17/11/2003

les petites choses

Les petites choses: une à une fixer les étoiles au ciel de mes nuits, allumer celles que j'ai laissées s'éteindre, avoir une pensée sincère, prendre le temps, accomplir les gestes simples.

Retour au primitif. D'abord un peu de papier prestement en boules serrées déposé, déchirer et ajouter un peu de cartons, de sciures, et puiser dans les brindilles glanées au cours d'une promenade passée. Tout est préparation et patience. Avoir froid n'est plus un problème quand on soupçonne l'idée du feu qui va naître. Il faut juste être patient et prendre son temps, ne pas "brûler" les étapes. Chaque chose a sa place. S'accroupir. Réfléchir. Craquer une allumette. Regarder, admirer la flamme fragile, sauvage et domestique qui se plie, qui se tord, qui s'étire, qui se gave d'un petit bout de bois. La porter avec précaution, la caresser au papier, rester accroupi et la regarder grandir, s'émerveiller et deviner l'orangé qui brille au fond de nos yeux. Porter un regard, le regard qu'ont ressenti des milliards d'Hommes. Sourire. Sourire pour rien. Sourire d'un rien, d'un rien qu'un petit feu qui réchauffe déjà, par son unique présence, le vide et le froid.

Imaginez! Imaginez-vous être moi… Imaginez-vous être un mot, une phrase, un verbe… Lequel seriez-vous?

Le bruit du vent, le bruit du silence, bruit en résonance sans consonance du bois qui craque et qui s'éclate…

Rien n'est plus simple que d'allumer un feu… Il faut juste savoir pour qui ou, pourquoi, cette nécessité nous habite parfois…

 

Sous influence musicale

Icebreaker International & Manual, "Into Forever", morr music


19:24 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

16/11/2003

Les perspectives de la vie…

Champ de glace, de joie, de rire et de peine. Mon horizon se définit, indubitablement en un simple trait. Epure facile d'une ligne sommeillant étroitement dans l'indicible de mon firmament. J'écris quelques lignes aujourd'hui, quelques lignes sur une perspective inconnue aux mécanismes secrets. Une perspective curieuse qui ne s'axe sur nul point de fuite. Juste un trait horizontal, tracé de gauche à droite, comme l'imperturbable ligne des temps…

J'écris quelques lignes qui, je l'espère, me seront quelques pistes à développer et d'ainsi réduire le néant de cette mélopée qui m'angoisse à présent.

Mon horizon en un simple trait, et point de fuite?!?

 

Sous influence musicale

boards of canada, "geogaddi", warp records


13:03 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

20/10/2003

un mot

Laisser entrer les mots…

Ne pas se braquer, ne pas se brusquer…

Laisser.

Je me suis assis. Le regard perdu dans l'infini néant de mes pensées. Il n'y avait rien, ou si peu, que l'espace d'un instant, j'ai douté.

J'ai douté de l'existence.

L'esprit vide et ténu dans un phylactère d'une extrême vacuité, je me suis laissé aller. J'ai posé, dans cette absence, un mot. J'ai laissé l'articulation s'opérer en une intense souffrance cérébrale. Il n'y avait rien. Rien qu'un mot de plus.

Un mot, sujet de maintes questions.

Pourquoi lui? Pourquoi écrit ainsi?

Dans l'inanité d'une immensité désertique, j'ai placé un mot. Je m'interroge quant à la pertinence de mon propos…

Pourquoi ce mot? Cela me reste mystère, interrogation et spéculation d'une technicité intrinsèquement futile.

J'ai posé un mot, ce mot que je vous délivre emprisonné dans un écrin de guillemets: "univers".

Un mot vaste et complexe. Un mot qui me toise de son immensité. Un mot comme cela, pris au hasard de mes pensées. J'aime bien cette idée. Cette idée de choix.

Mais, je m'interroge.

Qui va l'accompagner?

 

Sous influence musicale

Crescent, "by the roads and the fields", Fat Cat Records



17:43 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

05/10/2003

vague

Pensées tubulaires tissées au gré d'un rouleau de mer bleuté…

J'écris une sensation, la sensation d'un infini copeau de temps. Le temps pour une vague de se briser et de m'engloutir dans le chaos de sa destruction.

Se retrouver là, au creux d'un rouleau nécessite un avant: le bruit de l'océan s'éclatant sur la côte ou quelques récifs, le son du vent vague et puissant. L'eau s'avance, se retire et s'étire… l'eau court et glisse, soulevant et emportant.

Harmonie d'un instant: la mer s'ouvre. Etre. Etre juste. Juste être, au bon endroit, au bon moment: tout est question d'espace et de temps, de patience, d'errance et de tâtonnements…

La mer s'élève, précision fugace d'un instant propulsé dans un doux ralenti au fond de ma rétine. La mer atteint un degré intense de verticalité, la mer est mur (mûre?), elle se dresse et s'avance, elle chancelle et… c'est l'instant.

Le bruit s'estompe, il change de sens, il n'est plus qu'imprécis, échos éperdus et sourds. Le son est important, par sa force, par le repère qu'il a imprimé dans notre perception du monde. Le son se fond. D'une spatialité géométrique, il s'écrase en un aplat teinté d'éternité.

La vague est là.

Elle entraîne, elle couvre, elle enveloppe, l'ombre pointe, la lumière disparaît, tout ondule, la mer happe…

Au creux d'une vague, je suis l'éclat, l'écume et l'amertume… je suis en son sein.  Le bruit et la lumière en fusion, l'espace d'une fraction infinitésimale de temps, j'ai senti. J'ai senti les forces en présence s'opposant, j'ai perçu l'Elément. L'espace d'un infini moment épars, j'ai cru en l'angoisse d'une éternité. J'ai été. Puis la force farouche s'est abattue, le son s'est tu.

Noir.  Noir sombre et bleu. 

Tout sens en éveil, jouet perdu, pantin désarticulé, hochet d'océan. Se sentir perdu, en apesanteur entre la terre et le ciel dans un jeu trouble et troublant… Sensation en perdition, floating-room, en tout sens tout n'est qu'eau, tout n'est que hauteur et sommets inaccessibles dans les plus profonds flots. En perte d'équilibre…

Emergence dans l'urgence… Appel d'air… bouffée de vie et de nécessité et,…

Paré à replonger, à corps perdu, dans l'immense et le surprenant…

 

Sous influence musicale

Fink, "Fresh produce", Ntone





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23/09/2003

Sanùk

Chiang Mai, Thaïlande, lundi 12 février 2001

Excursion d'un jour, dans un monde inconnu.

S'orienter.

Je quitte la vieille ville en direction du temple Doi Su Thep. C'est une pause que je m'accorde avant de m'avancer plus encore dans le Nord, dans le triangle d'or. Je hèle un songthaew, une sorte de pick-up taxi. Le principe est simple, on trouve la bonne direction, on se place sur le bord de la route (mais pas trop…) on attend et on fait signe au premier vaisseau taxi qui passe. Il s'ensuit une phase de négoce. Puis on grimpe et on dépend de l'indulgence du pilote, de sa mémoire. On se retrouve généralement, à une dizaine sur le plateau, à l'arrière. Je n'ai pas l'habitude. Je mime ce que j'ai vu. Un premier taxi passe, il est débordant de monde. Le deuxième s'arrête. Je m'avance près du chauffeur, je souris, comme lui, on discute le coût. On s'accorde. Je veux me diriger à l'arrière et là il me fait signe de passer devant. Je sais que ce n'est pas l'habitude, mais bon j'accepte. Il veut parler. Nous discutons, nous en avons pour une dizaine de kilomètres. Il veut que je lui raconte le monde, que je lui parle de mon pays. C'est sa façon de voyager. Je lui raconte la Belgique, l'Europe, je lui propose un biscuit que ma maman m'avait offert le jour de mon départ. Il est curieux. Je vois son visage hésiter un peu. Je me dis que dans le fond on n'est pas très différent, j'ai la même attitude quand je mange avec eux. Il se décide et croque la feuille de palmier, il fait de grands yeux, il me regarde et sourit. Pendant qu'il est en train de manger, il me laisse l'alternative du sujet. Je l'interroge à propos du Sanùk et du "sauver la face" en Thaïlande. Il m'explique, je ne comprends pas tout. Le Sanùk, c'est la joie, la gaieté que l'on doit mettre en toutes choses, y compris le travail, c'est la propension qu'ont les Thaïlandais à rire et plaisanter même dans les tâches les plus épuisantes. Quant à sauver la face, il se mêle au Sanùk, c'est éviter l'embarras, éviter le malaise de certains propos, de certains gestes. Par l'injection de Sanùk, dans une situation dérangeante, l'individu qui est en difficulté peut sourire et ainsi sauver la face. A mon avis, mon visage a trahi l'incompréhension de quelques termes. Il me dit que je vais comprendre. Je souris, mais je ne vois pas vraiment comment il va pouvoir m'expliquer. On arrive à un croisement, les feux sont rouges. Il arrête son taxi, il y a un autre véhicule devant nous. Il me regarde et induit dans son regard un: "Attends, tu vas voir…" Et alors, il klaxonne violemment, à plusieurs reprises, la voiture, devant nous, a un soubresaut et démarre presque immédiatement. Je regarde le feu, il est toujours rouge! La camionnette qui nous précède se retrouve au milieu du carrefour, les voitures arrivent, freinent, klaxonnent, contournent l'individu qui se trouve au milieu de la route. Ils frisent l'accident. Et pendant ce temps, mon chauffeur éclate de rire, je ris avec lui en gardant les yeux fixés sur le véhicule qui vainement tente de revenir à sa place en marche arrière. Je me dis que le chauffeur doit être furieux, il vient d'éviter plusieurs accrochages, il sort de son véhicule. Il s'avance vers nous et entame un dialogue en thaïlandais avec l'auteur de cette douteuse plaisanterie (vous comprendrez que malgré mes illustres connaissances, je ne comprends que difficilement leur propos), puis je les vois rire, tout les deux, en répétant en chœur: "Sanùk"! Mon chauffeur me demande si j'ai compris à présent…

Bruxelles, quelques années auparavant, une salle de sport.

Je débute mon entraînement par un peu de vélo, je n'aime pas vraiment le vélo d'appartement. Le moniteur a bien essayé de m'expliquer l'aspect ludique de la course contre le pseudo-ordinateur de son engin, cela ne m'amuse pas beaucoup. Je pédale en moyenne une demi-heure. Il n'y a personne dans la salle. Mes horaires sont particuliers, j'arrive à quatorze heures pas vraiment l'heure du rush. Je préfère ainsi, j'ai l'espace, la place et je ne dois attendre mon tour devant les engins. Je me concentre. Je mouline depuis près de vingt-cinq minutes, tout se passe bien, je vais battre un record, ce qui, entre nous, me fait une belle jambe (et même deux d'ailleurs). Je puise et j'accélère pour les quelques minutes qui me restent. A ce moment, elle rentre. Elle est brune, je ne l'ai jamais vue ici, je ne vois généralement que quelques retraités avec lesquels je parle ou j'écoute parler, plutôt, bourse et actions. Elle doit avoir une trentaine d'année. Elle m'apparaît très jolie, mais ma chance aidant, je n'en ai plus que pour deux minutes dans la salle des engins de simulation de propulsion. A moins que… Là, j'ai deux petites voix qui s'éveillent en moi, un peu comme Justine et ses crèmes au chocolat, ou Haddock et son Whisky, ou… bon, vous avez compris l'exemple, je pense. Il y a ce petit murmure que je préfère qui me signale que je n'ai jamais essayé de courir sur le tapis roulant, tandis que l'autre tente de me raisonner en prétextant que je n'ai jamais appris à le faire fonctionner. La jeune femme s'installe sur un vélo. Mon temps s'essouffle. Je pourrais aller chercher un responsable pour m'expliquer mais bon, cela ne me semble pas très compliqué… Mon temps se termine. Je me dirige vers les tapis. J'ai vraiment un comportement d'enfant. Je vais courir, pour rester une poignée de minutes en plus dans une pièce avec une inconnue en sachant pertinemment qu'il ne se passera rien. Je ne pourrai voir, qui plus est, que son profil dans un reflet de miroir, ou en courant en marche arrière (j'y pense, mais pas trop, j'ai un comportement si idiot, que je sais que je suis prêt à le faire). Je ne me reconnais plus. Je suis si loin de ce que je m'imagine être. En trente seconde j'ai régressé de dix ans. Sur le tapis, il y a qu'une molette que l'on tourne suivant son rythme. Je débute en marchant. Je jette un regard de temps en temps vers le reflet de celle qui de toute façon ne me regardera jamais. Je décide d'accélérer un peu. Cela fait longtemps que je n'ai plus couru, mais je retrouve un certain plaisir, mes foulées sont souples. J'aime décidément bien le tapis, j'aurais du essayer avant. Derrière moi, pas l'once d'un regard. Je continue ma course, c'est vraiment plaisant, cela fait dix minutes que je cours, je m'en accorde encore cinq. J'aime bien travailler en palier. Je vais accélérer un peu. Je pousse la molette, pas trop vite et tout se passe à merveille, j'ai de bonnes enjambées. Quel plaisir de courir! Je suis sous le charme et, pensant ces mots, j'ai un sourire aux lèvres et je regarde celle qui m'ignore. Cela va faire un quart d'heure. Je vais ralentir. Je tends le bras vers le bouton, tout en courant, mais, à grande vitesse, mes gestes sont beaucoup moins précis. Mon corps semble même s'éloigner de plus en plus du bouton! J'accélère, j'ai un brin d'adrénaline qui monte, je sens l'inexorable, je tend le bras et ô, bonheur il parvient à atteindre le mécanisme de régulation de la course, cependant, pour une raison que je n'explique, je crois que c'est le déhanchement de ma course, mes doigts glissent et poussent plus encore l'allure. L'effet est dramatique et sans équivoque: je tente une accélération, mes jambes se dérobent, je suis éjecté et je me retrouve en déséquilibre devant celle qui à présent me regarde, avec surprise et un intérêt amusé certain . Là, mon visage se teinte du voile rouge du ridicule. La machine me nargue et continue à tourner. Je joue les Don Quichotte, et plutôt que de simplement coupé l'engin, je bondis sur le tapis pour tenter de l'arrêter… J'ai rarement été aussi stupide. Je crois que là, la douce et tendre mais dès lors (comme si j'en doutais) à jamais interdite, ne cesse plus de me regarder: mon corps virevolte et se plante prestement à côté de l'engin mais, pour sauver l'honneur (m'en reste-t-il encore?) dans ma chute, je garde l'insigne honneur d'avoir réussi à garder la main sur le bouton que, le visage sérieux, toujours allongé, je tourne prestement dans sa position d'arrêt. Je regarde cette femme, qui semble atterrée, qui ne sait ce qu'elle doit dire ou faire, la main sur les lèvres. Je me lève, je tente de rester digne par ce qu'il vient de m'arriver, je prends mon essuie en essayant de gardé l'attitude d'un gentleman déchu, l'attitude de celui pour qui, il ne s'est rien passé, je ne souris pas, en fait, je crois que je ne sais plus quoi faire. Je n'ai pas mal, physiquement, ma douleur est intérieure. La belle ne décolle pas la main de son visage, je passe devant elle pour quitter la pièce, je ne lui délivre qu'un poli et surréaliste: "Au revoir et bonne après-midi." Elle est entre le désir de rire, je le sens, et de me demander si cela me va, mais elle ne dit rien, elle ne me répond pas, je sens juste son visage qui me suit, qui me regarde quittant cette pièce.

En regard de cette anecdote en Thaïlande, je pense que j'ai manqué de beaucoup de chose, ce jour là, de tact, d'humilité, et de Sanùk. Pour ce qui est de sauver la face, je vous laisse juger… ;-)

 

Sous influence musicale dûment conseillée par Outsider,

Jimi Tenor, "Higher Planes", kitty-yo





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17/09/2003

photographie

Botanique, il y a quatre ans, concert de Placebo (pas Domingo, l'autre…), une place offerte, un retour, pour moi, devant la scène.  En guise d'anniversaire, je me remémore... l'écrire, aujourd'hui, me trouble encore... 

Appréhension. Compréhension. Acceptation.

Le rythme des premières chansons me pousse inexorablement au pied d'une scène. Trois ou quatre morceaux s'emmêlent. J'assiste. J'absorbe. Je suis au premier rang. Mon voisin m'interpelle et me tend un boîtier jaune. Je le regarde étonné, il me dit qu'il l'a trouvé par terre. Enfin, je veux dire qu'il le crie, je ne dois ma compréhension qu'à l'application de certaines déductions gestuelles dont il me fait part, que j'associe à quelques bases de lectures labiales. Je regarde l'objet. Je le tiens dans mes mains. Il s'agit d'un appareil photo jetable. Je "demande" (dans la mesure de mes possibilités: gestes, regard et expressions faciales multiples et clownesques) à mon autre voisin si cet objet lui appartient. La réponse est négative. Le concert se poursuit. J'ai l'appareil en main, il doit rester une dizaine de photographies disponibles sur la pellicule. Je réfléchis, malgré le bruit, et je me dis que, si des gens l'ont apporté, c'était vraisemblablement pour saisir sur papier glacé Brian (pas Danny, l'autre…) et sa bande.

J'arme. Je vise. Je prends. Je récidive. Je capte la lumière, elle se fixe, imprégnant les nuances d'ombres et de lumière, l'opercule se referme. Au moins, si ces distraits se font connaître, ils auront quelques photos du concert. Je m'apprête à réarmer quand une main, une poigne serait peut-être, plus approprié, saisit le boîtier. Je n'ai pas coupé le flash (pas le marabout, l'autre…). J'ai avorté, par distraction, cet expérience photographique: l'objet du délit m'est soustrait. Brian pour me consoler, me fixe et me chante: "You're the one…". Je peine à le croire, mais j'ai pour habitude de ne point contrarier les gens s'ils ne me posent préjudice. Je le laisse chanter. Le concert se termine comme il avait commencé, vite et fort. Je suis là, devant la scène. Je regarde les gens autour de moi, je ne vois personne à la recherche de l'objet perdu. J'ose. Je réclame l'appareil. L'attaché à la sécurité est un peu rustre (ah? Cela vous étonne?) et pas très enthousiaste. Je le félicite pour son travail, sa vigilance et après l'avoir asséné de quelques compliments (glanés dans quelques contes: "Ô, mais comme vous avez de grands bras,…"). Je conclus en lui demandant de bien vouloir me rendre l'appareil qu'il m'a si prestement confisqué. Il obtempère (essayer de vous dépêtrer d'un jibi lancé dans une rhétorique pompante et gonflante, abusant d'un vocable éculé noyant son total manque de sujet). J'ai un trophée. Je retrouve mes compagnons perdus, le chant des Sirènes nous ayant éparpillés. Je fanfaronne et j'avoisine ouvertement la bêtise en photographiant le reste de la soirée. J'amuse les gens.

J'extrapole. Que contient ce film? Il y a de cela dans l'argentique, le mystère du résultat, le rêve et l'espoir, déceptions et encouragements. Je suis, pour ma part en proie avec l'ignorance totale de ce que contient le film. C'est d'autant plus grisant: j'imagine en totale effraction de pensées intimes…

Je vide l'appareil durant le concert de Bouchon (qui s'en souvient encore?). Le lendemain, je dépose l'appareil pour le développement des instantanés.

Je le récupère trois jours plus tard. Je vais enfin connaître les vérités. J'ouvre le paquet et je découvre.

J'ai un malaise. J'ai une sensation désagréable qui me parcourt. Il n'y a rien de provocant, rassurez-vous, rien d'abject, nous sommes à mille lieux de "Joel-Peter Witkin". Il n'y a rien de plus qu'une poignée de photos familiales, d'adolescents et de parents, de poses. Je suis là, je tiens entre mes mains la capture de minuscules instants de vies. Je tiens le souvenir d'une soirée familiale, de relâche. Je vois des gens que je ne connais, ils font la fête, ils rient, ils miment les stars dans leur maisonnée. Ils sont là, devant moi. Je les regarde, ils ne me voient. Je les regarde sans y avoir été invité. Je viole une intimité d'inconnus que je ne connaîtrai jamais. Je suis face à eux et j'en éprouve une gêne intense. Je rougis, je me sens honteux. Je me sens voyeur et moche. Je suis très loin de ces photos que l'on vous envoie sur le web. Ici, je suis dans une intimité particulière, il n'y a qu'eux et moi, pas d'entremetteur, pas de responsabilité à reporter. Je suis l'invité, l'homme invisible au milieu de leur chambre, de leur salon. L'impression qui se dégage est un peu celle que vous avez certainement déjà rencontrée: vous vous promenez dans une rue, vous apercevez une personne qui vous regarde, qui vous sourit, qui vous fait signe et quand vous réagissez aimablement, vous vous apercevez que l'individu s'adresse à la personne qui est derrière vous, personne n'a rien remarqué et pourtant l'impression est cuisante de réalisme, on se sent absent et, pointé au milieu d'une foule, gêné.

Ma curiosité est payante de réflexions. Je repense à des mots associés: la photographie miroir du réel, la photographie transformation du réel, la photographie traçant le réel… Je suis là face à ces instants présents qui n'existent pas. Si tôt prise une photographie appartient déjà à l'objet du passé, dépassé. Je suis au-delà de ce qui a été. Au-delà, mais à travers ces regards qui me fixent et me médusent, je reste le sinistre et unique spectateur de scènes dont je resterai l'étranger. Au-delà de mon regard, il y a ces gens qui se donnent en spectacle, il y a ces existences dont j'ai capté l'intimité…

J'ai rangé les photographies dans leur étui, j'ai rangé l'étui dans un coin. J'y repense aujourd'hui, et j'ignore où il traîne. Je le retrouverai au détour d'un déménagement. Je l'ouvrirai et j'y porterai un nouveau regard: je deviendrai le complice, l'ami, le confident de ces bouts de rien et de vide, je deviendrai le fragment d'une fractale mise en abîme…

 

 

Sous influences musicales

Pole, "R", ~scape (009)

Jan Jelinek, "loop-finding-jazz-records", ~scape (007)

Pole et Jane Jelinek seront en concert dans le cadre des Nuits du Botanique, le vendredi 19 septembre, au Musée, ils seront accompagné de Four Tet et d' Oval, une dernière escapade estivale sous influence musicale est d'heureux présage, selon moi… gageons cependant que nul ne perdra sa boîte à photos…




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09/09/2003

échiquier

Je n'ai pas pour habitude de me replonger dans les archives du passé, cependant, certains événements font resurgir le souvenir de mots jadis encrés. Le travail de la mémoire me reste aléatoire, il se nourrit de peu pour déclencher les mécanismes libératoires. Nous avons au fond de notre âme, une pile de mémos, de billets qui ne comportent parfois que quelques mots, quelques sensations, quelques perceptions. Au rythme lent du temps qui passe, les notes, les pensées éparses vont et viennent, s'accentuant ou s'estompant, cependant, jamais, dans le tumulte des flots, ne sombrant dans l'oubli. Le trois avril mille neuf cents nonante six, j'ai écrit ces quelques phrases, je les livre à l'indulgence de vos regards. Je les dédie à ceux qui peuplent et peupleront toujours nos mémoires…

Il m’a été donné, en ce jour, de nourrir mon esprit des odeurs de ma mémoire. Je parle d’odeur et ce n’est certes pas sans intérêt, car tout à commencé quand j’ai humé quelques fumées de cigarettes qui me piquèrent les yeux. Enfin, tout n’a pas exactement débuté par ces effluves, car si je me suis vite remis de cette humidité oculaire, le souvenir m’est parvenu quand, au cours d’une conversation, mon regard s’est posé sur un jeu d’échecs trônant sur une table basse.

Je me suis rappelé, d’abord vaguement, puis distinctement d’un appartement, l’appartement de mes grands-parents. Je me suis souvenu de l'entièreté du mobilier. Cet énorme divan gris, lourds, pesant de tout son poids dans le salon, encombrant et s’imposant à notre vue, dès notre entrée, comme une invitation à se laisser aller au gré de toutes conversations. Je me souviens de ces meubles, de ce vaisselier où se rangeaient les petits verres à goutte auxquels les adultes avait droit pendant que nous mangions un morceau de tarte au goûter (il me fût cependant, parfois, permis d'y tremper un doigt). Je me souviens de ces tableaux pendus aux murs, relatant scènes de chasse et de gibiers, et lorsque nos yeux se tournaient, ils se posaient inexorablement sur les trophées de toute une vie de chasse rassemblés en massacres d'ornement. Par l'immense baie vitrée, un bout de Meuse et de vallée s'offraient dans sa sinuosité à nos regards. Enfin, je me souviens d'une table, simple et petite, recouverte d’un tissu en cachemire, un jeu d’échecs posé dessus et, de l’autre côté de la table, juste en face de moi, mon grand-père, stratège suprême à mes yeux d’enfant, remportant toute bataille par la sagesse et l’expérience, de son âge, naissant. Et sa cigarette fumait depuis le grand cendrier de grès posé à coté de l’échiquier, et cette fumée s’envolait et rodait autour de ma tête composant mille formes, mille soufflets et volutes bleutés en un ballet chimérique. Un jour, j’ai failli battre mon grand-père, il a prétexté que j’avais triché. C’était peut-être vrai, je ne m’en souviens plus, je ne le crois pas mais, si c’était le cas, je le prierais maintenant de m’en excuser.

Cet échiquier, c’est celui qui à présent occupe le centre de ma scène. Je l’ai sorti, il y a juste deux semaines du sac brun dans lequel il était emballé. Je l’ai nettoyé, il sentait encore l’odeur de la "Belga Rouge". Cela faisait dix ans qu’il était emballé, dix ans et rien de ces journées n’est, en mes pensées, effacé. Dix ans et je me plais à me les rappeler.

 

Sous influence musicale?

Assurément, mais je ne peux assurer avec précision, les sons qui m'habitèrent le soir où j'ai écrit ces mots. Je sais pourtant qu'un album m'a toujours accompagné, c'est le CD que je pense avoir le plus écouté, il lui revient donc, en cette occasion, de m'honorer de sa présence sur esquisse…

Nick Cave & the Bad Seeds, "Henry's Dream", Mute Records 1992


22:32 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

07/09/2003

Icône (2/3)

Icône est un mot qui me fait peur. Je ne sais pas exactement comment l'aborder. Une Icône est un plaisir dont je reste l'absent. Une Icône, c'est ces peintures sur bois qui ornent les églises, ces peintures hiératiques dont les regards semblent toujours nous traverser, nous transcender. Une Icône m'apparaît toujours froide et sans chaleur, fascinante et surprenante, séduisante et envoûtante. Je me sens toujours distant et éteint dans la profondeur de leur regard. Une Icône appartient à un degré dont je ne suis qu'humble spectateur, une Icône est lointaine, elle induit l'inaccessibilité… Une Icône dans la distance qu'elle impose, m'enchante, me charme et m'enivre. Une Icône se nourrit des pensées, qu'en secret, je lui confie. Une Icône est un songe éveillé, la proximité du hors d'atteinte…

Marcher dans une ville, même sommairement se révèle toujours expérience curieuse et plaisante. Marcher dans une ville, c'est se confronter aux regards, aux attitudes, aux us et coutumes d'un univers particulier. J'aime bien la ville et l'anonymat qu'elle véhicule. J'aime bien la ville quand elle m'est étrangère. Avancer parmi les badauds badinant, se frayer un passage à travers la foule, tirer une route-surface en un itinéraire dont l'absence d'informations, quant au flot et au courant, se révèle en une exploration étrangement agréable dans ce flou de paramètres.

Se laisser aller, ne plus penser, marcher, l'esprit en éveil cependant. Etre absent des regards mais attentif au moindre bruissement. C'est ainsi que j'aime marcher en ville. Ignoré mais n'ignorant rien. Ma démarche est précise, rapide et souple, agile pour éviter tout contact et ne perturber en rien l'alchimie qui s'opère. Je passe comme une ombre, une ombre aux milles visages, me fondant dans une masse méprisant ma présence. Je suis comme tout le monde, ni plus, ni moins, un homme qui marche, tout simplement. Une ville reste un mystère, elle offre et nous reprend, inflexiblement. Elle nous tend multitude de regards, de pièges et sortilèges…

Je marche dans une ville, mon regard croise des corps en mouvements, la vie s'écoule. La ville vibre et m'englobe, elle me donne du souffle, elle m'emmène par le bout du nez, ne résistant au chant, elle muse et s'amuse, m'emportant et me perdant à travers des foules et des rues inconnues. Au détour de quelques impasses, la ville m'abandonne et offre à mon regard, la grâce d'une cariatide perdue, inaccessible, belle et à jamais inconnue. Mon regard se tasse, tandis que l'Icône s'efface. Sans trahison d'impression, l'Icône méduse, et s'estompe dans la fourmilière. La distance ténue d'une Icône au regard ne se rompt jamais, elle reste le garant de la stabilité d'un univers même éphémère. Une Icône s'apprécie et fascine, incoercible par l'essence même de son caractère impénétrable.

Au milieu de la foule, je suis un homme. Un homme qui marche et qui dans le secret de son cœur vient de confier songes et douleurs à l'Icône qui les emporte.

Dans la foule immobile, je suis un homme qui marche dont le bonheur du cœur se traduit par un sourire.

Dans la foule, je suis homme marchant et souriant, confiant, et pris… épris?

Epris. Mais cela, c'est une autre histoire…

 

Sous influence musicale

Buck 65, "Square", wea

Buck 65 sera en concert dans le cadre des Nuits du Botanique, le dimanche 28 septembre, au Musée, il sera accompagné de Boom Bip, Sage Francis, Raul Paz et Hanin Elias. Une escapade automnale sous influence musicale de bonne augure s'envisage probablement selon moi…




22:43 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/09/2003

scarification (1/3)

Il est des impressions curieuses, la redondance des mots, par exemple. Je pense à l'émergence de quelques mots: Icône, scarification, éprise (que je mêle souvent en: "l'emprise d'une éprise méprisante"). Je les note pour un peu m'en extraire. Plutôt jazzy, ce soir. J'ai l'âme virevoltante. L'âme un peu trouble aussi. J'ai cogité toute la journée sur les sens et les mots.  Je devais écrire, mais les résultats d'une concluante bêtise m'ont laissé dubitatif quant à la teneur de mes propos.

Pourquoi ces mots? Je ne sais. Je sais juste que je les ressasse depuis quelques jours. Je sais qu'ils m'emmèneront quelque part, mais j'ignore où. Peut-être qu'en les exorcisant, à travers ce billet, je leur donnerai un sens, une existence.

Leur objet n'est peut-être pas la destination mais l'origine. Je crois en effet, que tout questionnement enferme en son sein, une grande part de réponse.

Scarification.

J'ai mangé en face de mon père, aujourd'hui. Je pressens l'excitation de quelques psys, en herbes ou avertis, se délectant d'un complexe d'œdipe ou autres croustillantes anomalies freudiennes "mâles" résolues. J'attends avec une certaine impatience leur analyse, et je n'en suis, pas le moindre, inquiété. Ma mère était aussi présente (pour contribuer à une bonne analyse, je tiens à n'oublier aucune présence), je n'ai pas parlé, je les ai écoutés. Mais là n'est pas l'objet des quelques mots que je vous livre. Mon regard s'est arrêté sur une petite cicatrice que mon père possède à son bras droit. Il doit s'agir d'une brûlure, en forme de v. Mon esprit distrait, à laissé le truchement des idées opérer. S'imaginer et ériger son corps en une accumulation de détails variés en significations diverses. Tout ce que l'on peut lire à travers les coups et les accrocs de la vie. Le tragique d'une blessure que le temps altère mais n'efface jamais, la trahison de quelques rides supputant l'utilisation abusive de certains muscles (le rire contribue énormément au dessin modulaire du visage). Dans une certaine inconscience, on porte et on transporte, on s'identifie à travers les traces et les heurts. Témoignage d'un passé ancré sur et sous la peau, distinctions charnelles contant les affres du passé. Le corps s'écrit, jour après jour, par petite touche d'insignifiance, il offre, quand on s'y attend le moins la lecture d'une vie dans une écriture qui transcende. Je trouve cela beau et d'un intérêt certain, un corps vieilli, buriné par le temps et les soucis, je trouve cela sain, un corps qui se répare, qui prend en compte les paramètres nouveaux et s'en accommode pour se poursuivre. Un corps se lit, se découvre, il est en totale interaction avec le cours et le rythme, il encaisse et traduit de sa patine, les aléas de la vie.

A présent, que reste-t-il? Je vous laisse deviner: le plaisir de lire entre les lignes, s'escrimer avec les traits et les petites imperfections que traduit la peau. Je vous devine, scrutant l'infime, et j'apprécie l'idée de vous imaginer décrypter les codes inconnus narrant histoires dont le corps seul reste la mémoire.

Bonne lecture…

 

Sous influence musicale

Koop. , "Waltz for Koop.", JCR Jazzanova Compost Record

 



22:40 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

31/08/2003

(f)estival impression...

Me taire…

Facilité dont je n'ai point l'habitude…

Taire le monde, je veux dire, taire les rencontres, taire le parcours de mes pas dans ce monde…

Les pensées se sont posées depuis hier…

Les sensations, les sentiments, les perceptions ne se sont pas éteintes…

Le point de départ? Une annonce, quelques mots écrits par Outsider sur son blog ( http://outsider.skynetblogs.be ), un cri de joie et d'inquiétude, une invitation, un premier concert, le renvoi à une adresse web, dont le barbarisme langagier s'est ancré en nos vies: http://www.taxi-brousse.net … Sept consonnes sans voyelle entrecoupées de signes et de traits, une union de mots à résonance africaine, un "dot"-net à mes yeux encore flou, en quelques mots, une légion de signes me renvoyant à un concept.

Sous mes yeux, le nom d'un collectif, Taxi-brousse. Je ne connais. J'aime bien ne pas connaître… Cela me laisse le temps de tout imaginer, de chercher à comprendre…

Un événement: un festival. J'ai le choix. J'ai toujours le choix. Prendre la route ou rester… Attendre de lire ce que j'aurais pu voir et entendre, rester anonyme spectateur derrière mon écran… programme facile mais dont le statisme me conduirait vite à l'ennui. Mon impulsivité fut d'une brève cogitation. Il me suffit simplement de prendre la route pour trois-quarts d'heure à travers villes et campagnes. Conduire.

Une route s'est 'imprévu'. L'enchaînement de virages, le croisement d'automobiles sans visage, de visages sans déplacement. Une route c'est un cheminement. Cheminement de pensées anodines et variées. Une route c'est l'esquisse de l'imaginaire, on pense, à peine parti, à ce qui va nous arriver, ce qui nous attend (où est-ce, ce que nous en attendons?) et, quelle joie d'être surpris au détour de ses pensées.

Un festival pour destination.

Un festival, par définition, reste un lieu où des gens se rassemblent, oserai-je le "se ressemblent", dans leurs diversités. Un festival se compose d'un public, d'une scène, d'hommes et de femmes en genre divers, passionnés dont le bonheur est de partager l'espace d'un instant (long ou bref) le plaisir d'écouter ensemble. Un festival a, pour raison d'être, l'échange de perceptions, de mots, de sons, d'idées. C'est un brassage de genres, d'attitudes, c'est une porte aux découvertes. Un festival, c'est un lieu, plus ou moins grand, un endroit, un écrin où va s'éclore un événement. Un festival reste ouvert cependant, il est ce qu'on y met, ce qu'on y apporte.

Quatorze heures, mon arrivée fut précise, ponctuelle, ponctuée de surprises.

Je ne connais personne mais cela ne m'effraye pas. Il n'y a d'ailleurs pas grand monde, juste une poignée, préparant encore les futures activités. L'heure indiquée (quatorze heures, donc, pour les distraits) était artistique. Si j'avais possédé le guide marabout flash "A l'heure avec les Artistes", je serais arrivé deux heures plus tard mais je n'aurais pu autant surprendre par ma présence, ni aider (même si peu) à la préparation des festivités.

Taxi-brousse, est un collectif de musiciens, qui se rassemble régulièrement sous l'influence de certains thèmes propices à la création musicale. C'est un collectif de musiciens qui par ces rencontres a provoqué le mélange, la complicité et la création de quelques groupes. Hier, ils se rassemblaient pour la première fois tous ensembles, pour jouer, se retrouver, et découvrir ce que les uns ont commis avec les autres… la découverte d'un continent inexploré, de terres nouvelles, de frontières à pénétrer…

La foule se fait plus nombreuse dans son intimité plaisante, charmante. Je ne me demande pas ce que je fais là, je suis présent et content de participer par mon écoute et les quelques mots que j'échange.

"Outsider" (le groupe et l'individu, donc, rassemblée en une seule et même entité) se prépare, ils vont ouvrir le 'bal'…

La foule prend place. Outsider se lance et…

Ici, je devrais glisser une critique, un article dithyrambique… Je ne pourrais dire que les mots me manquent… Je sais que vous êtes avides de critiques et/ou de polémiques, je devine l'impatience en vos regards et je me complais à vous entraîner de lignes en lignes, en vous laissant sur votre faim. Je ne résisterai pas longtemps, cependant, à vous écrire que ce premier concert fut à la hauteur de leurs auteurs… Il y a, à travers la musique d'Outsider (le groupe), un fleuve qui sommeille, il y a une force qui anime tranquille, il y a des idées, des sons, des accents particuliers. Si je puis me permettre une image, leur musique est une pierre, mais pas un modeste caillou, on en devine la forme et la finalité, on pressent ce qui en émane, il reste encore un peu de travail, pour ôter quelques aspérités et polir l'ensemble et obtenir le précieux, sortir de la pureté du minéral brut et entrer dans l'identité intrinsèque. Je reste étonné et confiant… "Apollo" est pour moi, et pour le public, il me semble, la plus aboutie du répertoire, mais je me réjouis d'entendre l'évolution, d'entendre les quelques coups de limes qu'ils vont encore apporter. Je n'ai pas à leur souhaiter bon courage, je sais qu'ils n'en manquent et que la passion qui les anime leur apportera tout ce qui leur sera nécessaire. Je leur souhaite une bonne et longue route, je serai, pour ma part, présent, comme un jalon, de leur évolution promettante.

Je ne me lancerai pas dans une carrière de critique musical, pour le reste de la journée et de la soirée, je dirai, avec des mots simples que la richesse des émotions et des découvertes m'a offert un grand plaisir.

Il y a de nombreux souvenirs qui me resteront. Je vous les confie en vrac. La gigue que Laurent ( http://laurent.skynetblogs.be ) interpréta, dois-je le préciser, brillamment, a rassemblé un public enjoué et bon enfant caractéristique de ces moments de fêtes et de joie partagée. D'un naturel réservé, je restai très surpris, quand, quelqu'un apprenant l'origine de ma présence (pour rappel, une invitation impersonnelle, vague et hypothétique via internet) me déclara qu'il pensait que j'étais celui qui connaissait le plus de monde en ces lieux. Enfin, comment pourrais-je cacher les larmes de joie que m'offrirent la collection de Marabout-Flash de notre hôte: "Mes vacances en Allemagne", "Ma discothèque de variétés" (antécédente à Patricia Carli, qui n'y est évoquée que comme étoile montante et à suivre), "Maigrir sans larmes"(n°46), "Faire son chemin dans la vie"(n°36)… Si certains titres restent approximatifs, je me souviens particulièrement du fameux "Le mariage réussi" (n°34) dont la couverture se retrouve, ainsi que les photos du concert, sur http://root.skynetblogs.be , et son précieux conseil dont je vous invite à méditer:

"Comment réussir ses fiançailles? En trouvant le bon partenaire."

L'anachronisme et le ton des propos distillé dans ces ouvrages émérites égaya et égayera, j'en suis sûr, de nombreuses conversations… A (re)découvrir…

Pour finir, je tiens à remercier, toutes les personnes présentes qui m'ont offert ce merveilleux moment, j'espère que mes mots éveilleront en eux le souvenir de cet instant et que mon compte rendu (long mais sommaire…) aura éveillé, pour d'autres, le désir de s'éclipser de l'écran, de temps en temps, et de retrouver une réalité qui ne se révèle pas toujours aussi déplaisante que ce qu'elle nous présente si souvent...

 

Sous influence musicale d'un festival, j'ai occupé mes oreilles et tenté de retrouver les sons que la nuit a, quelque peu, estompée par une compilation éminemment préparé par ::Armatt: "Sigur Ros & Mogwai, Mum, Tied and Tickled Trio, Lali Puma, Momus Keidler… "




17:24 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

24/08/2003

je vous écris

"Très chère,

Je vous écris.

Je vous écris quelques mots d'ici que vous ne lirez, pourtant, là-bas.

Je vous écris pour confier ma peine et ma joie.

Je vous écris parce que vous ne me connaissez pas.

Je vous écris, inspiré par votre présence fugace au gré de mes pensées. Comme un soupir, vous avez traversé, en un vent léger, un infime instant, de mon espoir, le désert.

La vie m'apparût plus calme, plus douce et moins amère.

Je vous écris ces quelques mots qui resteront cependant, pour l'éternité, je pense, en jachère.

Je vous écris, je ne puis rien de plus. Je ne puis parler, vous me restez inconnue.

De votre vie j'ignore tout. De votre vie, je ne veux rien, d'ailleurs, obtenir de plus que ce silence poli et précieux que vous m'avez confié, que l'absence que vous m'avez témoignée, que les songes qui s'en sont éveillés…

De votre vie, je ne sais rien.

Et pourtant, je vous écris…

Ce qui m'a plu?

Votre présence. Rien de plus.

Votre visage enfoui derrière ce sourire qui, s'il ne m'était offert, ne fut point perdu au travers mes paupières. Je l'ai gardé, je n'en attendais pas plus, je l'ai gardé en ma mémoire. Il flirte avec mes songes, subsistant d'une insignifiante gorgée d'espoir…

Ce qui m'a plu?

La grâce de vos mouvements, votre démarche, posée et fragile, votre déhanchement léger et subtil, ces petites choses indépendantes et inscrites en vous, ces petites choses intégrées que les gens ne voient plus, ces petits détails négligemment plaisants. La façon dont votre peau reflète la lumière ou est-ce, peut être, la façon dont la lumière sculpte votre être, la façon dont vos lèvres se plissent quant attentives vous écoutez, vous souriez. La façon dont vos yeux ont parcouru l'espace se posant et virevoltant sans but et sans peine, me laissant en m'effleurant, l'empreinte de votre existence. Des choses simples, vous voyez. Des choses que vous emmenez avec vous, des choses qui, de vous à moi, émanent le calme et le naturel: la beauté de cette fin d'été.

Je vous écris mais, ne vous méprenez pas, je n'attends rien de vous. Je ne puis rien de plus que ces quelques mots. Avec eux s'envolent mes pensées que je ne puis garder pour moi. En moi, elles se flétrissent, se fanent, s'assèchent, s'étiolent et, portée par le souffle de quelques tourments, s'éparpillent indistinctement…

Je vous décris une émotion, une sensation, j'y glisse un seul espoir, celui de ne pas troubler le fil de ces doux songes que vous fîtes émerger dans la houle de mes songes.

Peut-être vous écrirai-je encore quelques mots, quand d'un détour, je croiserai, avec bonheur, l'onde vivifiante de votre visage…

Je vous souhaite beaucoup de bonheur,

Soyez heureuse, ce sourire vous va si bien…"

 

jibi

 

 

Sous influence musicale

4hero, "Creating Pattern", talkin Loud

(perdu entre Goldfrapp et Moloko par instant)



17:44 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

20/08/2003

les pièces du puzzle…

Difficile d'expliquer le cheminement d'une idée, d'une pensée…

A la lecture des textes que je propose, il émane une sensation de mal-être.

Une sensation d'une réalité amputée de joie, de bonheur, de douceur…

Mes jours sont gris et terne, mais je souris. Je parle peu, mais cela dépend avec qui…

Je peux paraître triste et austère…

Je vis et respire, je ressens et m'inspire, c'est déjà énormément.

Mes mots interprètent mes jours, ils émergent d'une traversée quotidienne et régulière.

Quand je franchis la ligne de la réalité, j'entends et vois. Ces images et ces sons attirent, séduisent mon esprit, ils s'accaparent ma mémoire et font surgir l'amertume du désespoir.

Dans le flot d'une vague se brisant, l'écume s'éclate en particule, embruns salins parfumant mes desseins.

Les textes se lient et se nouent entre eux, ils effleurent mes pensées journalières disloquant la hiérarchie du temps, bouleversant le rythme, endiguant confusion et aversion en mon esprit dissolu.

Quand les mots se posent, je devine et soupçonne les sentiers qu'ils vont emprunter. Je les laisse batifoler, espérant qu'ils repoussent les limites, toujours un peu plus en avant.

L'hermétisme de mes mots prête à interprétations farfelues et variées, imagées et empruntes de réalité, tout s'éclairera pourtant, au fur et à mesure que les jalons se poseront, que les questions feront surface alors, peut-être, les réponses briseront les glaces…

Je ne me prétends pas victime, au contraire, je suis imputable de bien des griefs.

L'écriture me conduit à accepter, à souffrir, à vivre et à me libérer…

Mon passé simple est un réservoir de pensées sombres et claires…

Les commentaires sont l'étoffe sur laquelle repose le fil de mes réflexions, ils aiguillent mes propos et ourdissent mes pensées…

 

 

Sous influence musicale particulière et intimement absconse

Black Dice, "Beaches & Canyons", Fat-Cat Records


22:57 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

17/08/2003

l'attente

L'attente constante.

L'attente latente.

Je n'attends rien et pourtant je reste songeur.

Je suis déçu et pourtant impatient.

Impatient de surprises, de troubles et d'émotions.

Ambivalence des pensées qui traversent mon ciel de nuit. J'ai parcouru, ces derniers jours, un morceau de chemin ténu, j'ai éclipsé mes lectures distrayantes, j'ai plongé au tréfonds de mes angoisses.

Je n'ai pas peur. C'est étrange, je ne me sens pas plus fort qu'un autre, je n'ai pas plus d'intelligence, plus d'expérience pour affronter les épreuves, mais je n'ai pas peur. Je suis et reste impatient d'en découdre. Ce qui m'angoisse n'est pas l'épreuve, mais son absence.

J'ai mis le pied sur une mine.

Je n'ai pu que soupçonner sa présence. Je l'ai perçue bien avant, je crois que je l'avais même aperçue. Serait-il possible qu'inconsciemment je m'y sois volontairement dirigé? Je n'ai arrêté mon pas que quand il fut bien établi, posé sur la petite rotondité métallique pas plus dérangeante qu'un gravier. La seule évidence est, qu'à traverser un champ de mines, l'aboutissement ne reste que peu de temps hypothétique.

J'ai entendu le son caractéristique du levier de déclenchement.

Plus un doute.

Un axiome.

Rien n'est fini encore. Je n'ai aujourd'hui que la certitude de ce qui s'est passé et l'incertitude de ce qui va se passer. Mon pied fait corps avec la détente sur laquelle je reste planté.

J'ai entendu le cliquetis significatif du mécanisme de détonation.

Tant que je ne bouge, il ne se passera rien. Tant que je reste en place, il ne se produira rien. Le temps s'est arrêté.

J'ai suspendu mon pas.

J'attends.

Equilibre.

Suspension.

Le temps s'est figé. Erigé au statut statuaire, inflexiblement, mes yeux se sont clos, à travers mes paupières, une vie défile à grande vitesse.

Je n'ai plus à attendre et pourtant je me refuse à ôter mon pas et à poursuivre, pour pas plus d'une fraction de seconde, la course de ma vie. Je reste. Je n'ai pas à poser un pas plus loin. Je sais ce qui se produira quand d'un geste lent ou rapide, je lèverai la jambe. Je sais.

Autant rester là, je n'ai rien à perdre. J'ai tout mon temps, à présent. Je peux penser et m'imaginer. Me repasser mes errements et composer un avenir plus enclin à m'offrir ce que j'attends. Ce que j'attends? Je suis plein d'ironie.

Quand il ne reste plus qu'un champ de ruines, l'éventail de possibilités se démultiplie.

Quand on touche le fond, on peut, dit-on rebondir. Sceptique et cynique, je m'éclate à l'idée de rebondir en cet instant et m'éparpille en diverses pensées…

Je pense à tout et à rien.

Ai-je le droit d'attendre?

Les questions fusent. Indistinctes il y a quelques moments, elles se précisent et se précipitent. Tant de questions intimes, pour si peu de réponses d'estimes.

Je n'en attendais pas tant.

 

Sous influence musicale

Sybarite, "Nonument", 4AD



14:41 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

12/08/2003

aujourd'hui

Aujourd'hui, il ne s'est rien passé.

Pas plus qu'hier, et je n'attends rien non plus pour demain.

Cela peut paraître triste, décevant, navrant, cela reste cependant d'une probabilité sans faille.

S'il m'arrive, d'ailleurs, quelque chose, c'est toujours une surprise, bonne ou mauvaise, j'en juge selon la spontanéité qui m'en émane.

J'ai parcouru quelques blogs, voyageant çà et là, à la recherche d'émotions, de textes, d'odes.

J'ai parcouru quelques blogs.

Je n'ai laissé nulle trace de ma présence, juste le silence.

J'ai été interpellé, certes, mais les mots m'ont laissé choir.

J'ai renoncé à l'idée d'apporter commentaire aujourd'hui. Je n'avais vraisemblablement pas l'once de quelque chose à écrire. Je n'étais pas toujours satisfait des propos, mais bon, je n'allais pas en ce jour me révéler instigateur de débat à débauches d'idées dont je n'avais nulle envie de m'extirper en de longues et solennelles diatribes.

J'ai poursuivi ma lecture, de page en page, rebondissant d'un post à l'autre, sans but littéraire, ni itinéraire bien établi. Ce fut une sorte de lèche vitrine, une errance qui se soldât (-50% sur la baïonnette, je n'ai pu résister et j'en suis désolé) par l'hésitation puis la résignation.

Je me suis néanmoins posé des questions (à force on finit par relâcher l'attention), quand j'ai relu une nouvelle fois le commentaire de Juju (http://au-jour-le-jour.skynetblogs.be ), sur le thème de "qui voudriez-vous être ?" (je résume un brin ses propos, en vous invitant à parcourir ses réflexions, peut-être même serait-il bon de les lire avant de poursuivre, mais je vous laisse seul juge).

J'ai parcouru, donc, une liste de personnalités célèbres.

Je reste cependant plus partisan de l'idée que "moi-même" reste une réponse que je n'utiliserais que peu (je pense n'étonner personne), en restant parfaitement conscient que, si je ne répondais "moi-même", peu d'entre vous aurait l'envie de prendre ma place. Ce sort, cependant, je n'accepterais que difficilement l'idée qu'il en incombe à un autre, de crainte qu'il ne le réduise à en réaliser quelque chose, j'en assumerais donc, définitivement, la fonction à plein temps. Mais, revenons aux choix proposés, voulez-vous?

Les personnalités établies en une liste que je jugeai non exhaustive, ne me parurent cependant que le pâle reflet de ce que notre société a engendré. J'eus dans la tête divers noms, et un en particulier, qui me trottèrent, mais avant de m'y pencher, je me suis interrogé sur la teneur de ces propos.

Moi, jibi, sain de corps et d'esprit (sans doute et peut-être, dans l'ordre de mes propos), me verrais-je endosser la carrure de ces grands dont les noms fleurissent en nos dictionnaires? Je me suis senti petit, et peu enclin à m'enrôler en de telles destinées. J'éprouve une certaine certitude que j'aurais, à tout gâcher, à échouer là où ces grands devraient réussir. Et c'est là que mon esprit vif et habile (je m'en sers une couche, je désespère d'ors et déjà à l'idée de vos commentaires), rejoignit mon idée préliminaire à la pensée de cette liste non exclusive. Me situant à la limite de la bouffonnerie si je devais incarner l'idolâtre et n'effleurant que la certitude du fiasco dont je serais clé de voûte si j'en venais à devoir remplacer le génial, mon esprit vagabonda et m'incita donc à porter candidature à l'hypothétique expérience induite par Juju.

N'en déplaise à mes futurs détracteurs, je pense que s'il existe un rôle, un seul, dans lequel j'accepte de m'investir, car j'ai l'intime conviction qu'il me siéra d'exceller en un cuisant échec, et qu'avec le tact, la finesse et l'infinie incapacité dont je puis faire preuve sans aucune volonté, je reste le seul à pouvoir échouer, briser, sans jamais m'en approcher, "l'œuvre" que son auteur put espérer, il s'agit d'Adolf Hitler (symboliquement, je choisis ce rôle qui, implicitement en englobe beaucoup d'autres, il va s'en dire qu'il y a pléthore d'individus dont "l'accomplissement" me déplaît).

Je sais pertinemment que je n'en ferai rien de bien, je sais assurément que je n'en ferai rien de pire. Son œuvre, par mes soins et mon inaptitude, réduite en cendre (autodafé de nos mémoires), ma réussite sera marquée par la disparition d'un nom, d'une personnalité, d'un vocabulaire et surtout d'un chapitre sombre, triste et déplorable qui entache à chaque moment notre histoire… qui s'en plainderait?

Qui se plainderait d'une réussite anonyme?

Quel plaisir que de s'imaginer qu'à la fin de sa vie, Adolf H., 76 ans, artiste peintre inconnu dont l'œuvre reste ignorée de ses contemporains, puisse répondre à la question "Qui auriez-vous voulu être?": moi-même.

Que certains puissent, aujourd'hui, assumer avec conviction leur vie "ultra-ordinaire" en répondant "moi-même" à cette question, nous sauve, peut-être (mais pas assez sans doute), de bien des rôles peu enviables ou souhaitables qualifiés d'extraordinaires…

Il ne se passera rien demain.

Mais qui sait…

Une surprise me guette peut-être au coin d'un commentaire…

 

 

Sous influence musicale

Dictaphone, "m.= addiction",

Parallélisme littéraire,

Eric Emmanuel Schmitt, "La part de l'autre"



23:25 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

08/08/2003

Ecouter et deviner

Ecouter le bruit d'une ville qui s'endort.

Ecouter le bruit de ces gens qui rentrent chez eux.

Ecouter des voix, des bruits familiers, distincts et précis, qui secrètement posent jalons à mon existence.

Des voitures roulent et s'engouffrent dans ma vie.

Le transit s'achève à la tombée du jour, chacun retrouve sa place quand pointe la nuit. Chacun rentre chez soi et retrouve son univers, sa bouffée d'air (au demeurant très recherché cet été si j'en juge par tout les blogs que je parcours).

Ecouter les bruits qui rythment la vie.

Quand elle a refermé sa portière, les bras encombrées de quelques sacs de supermarché dont le froissement particulier retint un infime moment mon attention égarée, je l'ai entendue traverser la rue, laisser tomber ses clés et jurer. Elle a appelé son ami qui est venu l'aider. Je ne les ai pas regardés. Je savais que c'était elle qui venait jouer dans la musique de ma vie son solo du vendredi. Redondance de ces petites choses, de ces petits bouts de ficelles, prévisibles, qui lient et tissent la vie.

Je devine des cris d'enfants courant se réfugier dans les bras de parents.

Je devine des pas feutrés qui surprennent.

Je devine les odeurs de mets délicieux qui accueillent.

Je devine les projets du week-end.

Je devine le repos.

Je devine les mots.

Je devine.

Autour de moi, la ville se couche. Les voitures se font plus distantes, moins pénétrantes. Des téléviseurs s'allument. Bientôt il n'y aura plus que le ronronnement d'une ville qui s'essouffle. Les fenêtres entrebâillées vont laisser échapper la respiration paisible des maisonnées. Le rythme court de films qui font rêver, le bruit de musiques aseptisées dont les shows vont gaver les soirées, je subodore les gorgées de publicités et d'invitations incessantes à se dépêtrer dans le simulacre d'une commode consommation d'intellection consomptive. J'imagine les trajets de "navetteurs" de fins de journées mimant inconscient, du fauteuil au frigo, leur vie d'errances quotidiennes.

Je devine des esprits qui s'apaisent, des bras qui se serrent, des mains qui se frôlent. Des regards qui se croisent, des mots qui se taisent. Des étreintes simples, des émotions partagées, je devine (cela aussi, heureusement).

Rien ne m'est interdit dans ce jeu que certains jugeront, je l'espère et je n'en doute, ridicule.

Je devine les pensées confortables, les pensées agréables, les pensées qui, ne mangent pas de pain, qui ne blessent ni ne progressent. Je devine ces pensées diluviennes, dans leur variété infinie, qui bercent et transforment l'inconscience en indolence.

Je devine le regard que l'on nous fait poser sur le monde. A travers la lucarne, on s'érige (on nous érige) en maître, en juge à l'omnipotence tronquée de toute substance, vidée de toute puissance.

J'ai traversé la ville ce soir. J'ai regardé, amusé, les animations estivales qui ne me dérangent pas plus qu'elles ne me plaisent ou m'intéressent. J'ai longé les quais et mis en perspective mes envies de partir. Tout me semble distant de cet hypothétique départ. Je m'y accroche pourtant.

Comme un rêve d'enfant.

J'ai marché au milieu d'une foule invisible et effacée composée des seuls échos de ce que fut la journée. J'ai pisté les traces qu'ont abandonnés les flots du jour et que la marée, s'étant retirée, a laissés échouer sur les rives de la nuit. J'ai marché dans l'ombre des pas perdus en ces journées d'été…

Demain, je m'éveillerai dans le silence de la nuit, je commencerai à travailler et lentement, sans que j'en soupçonne l'effervescence, la vie aura repris, je devine?

 

Sous influence musicale hautement recommandable

do make say think, "do make say think", Constellation


23:07 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |